Jonathan Reichental, Chief Information Officer de Palo Alto, a répondu à nos questions sur le rôle d'un CIO dans une smart city et sur la façon d'aider au développement d'un écosystème de start-up.

Un CIO dans la ville de Palo Alto: entretien avec J. Reichental

Berceau de la Silicon Valley, Palo Alto se révèle un exemple intéressant en matière d'innovation et de Smart City. En 2016, la ville a en effet occupé le 5e rang des villes américaines digitales dans la catégorie des agglomérations de moins 75 000 habitants au sein du classement du Center for Digital Government

Depuis 2011, Jonathan Reichental occupe le poste de Chief Information Officer (CIO) de Palo Alto. Il compte parmi les 20 CIO les plus influents des États-Unis. Auteur populaire et figure publique, il parcourt le monde pour promouvoir la Smart City et la GovTech. Dans cet entretien, il évoque ses principales responsabilités en tant que CIO, les résultats de Palo Alto comme Smart City et sa vision de l'innovation urbaine. 

Jonathan Reichental

Être CIO d'une ville peut paraître étrange puisque c'est habituellement une position occupée dans une entreprise. Comment décririez-vous votre mission ?

Aujourd'hui encore, les gens sont surpris de voir que les villes ont leur propre CIO. Au niveau fédéral, c'est assez commun, mais lorsque vous passez au niveau des départements et des villes, ça l'est moins. Cependant, la technologie prenant davantage d'importance dans les mairies, ce poste devient plus populaire.

Évidemment, mon travail comporte une importante composante IT. Mais le besoin de penser différemment l'offre des services de la ville, des transports jusqu'à l'énergie et à la sécurité publique, en passant par la gestion de l'eau et des déchets, se fait de plus en plus sentir. Et, dans tous ces domaines, la technologie occupe une place centrale. De plus en plus, nous tentons de résoudre des problèmes du 21e siècle par des solutions du 21e siècle. Je consacre également environ un tiers de mon temps à développer des relations avec des start-up de la Silicon Valley et d'une manière générale, à réfléchir à comment donner vie aux projets Smart City.

Vous parlez de créer de la valeur, de donner vie aux projets Smart City… Comment procède Palo Alto pour que de telles opportunités se concrétisent ?

Nous avons la chance d'être proches des profils tech parmi les plus brillants du monde ce qui est, sans conteste, un avantage. Ceci dit, nos partenariats ne se limitent pas aux start-up mais s'étendent à de grands acteurs comme Microsoft, SAP ou Verizon. L'innovation urbaine ne concerne en effet pas que les start-up technologiques.

En outre, quelle que soit la configuration géographique, je suis fermement convaincu que les villes doivent être prêtes à prendre des risques pour innover. Même si nous sommes dans la Silicon Valley, nous devons trouver le moyen de pousser les compagnies technologiques à réfléchir avec nous à l'avenir de nos villes. Car, en fin de compte, les villes ne sont pas forcément un domaine très affriolant pour les start-up. Comment pouvons-nous les aider ?

Palo Alto reste une ville petite, avec environ 67 000 habitants, même si en journée la population double avec les travailleurs qui font la navette entre San Francisco et la Silicon Valley. Par ailleurs, la ville couvre environ 6 500 hectares. Cette surface, relativement réduite, favorise plutôt la rapidité d'action et permet aisément de mesurer les résultats de nos expérimentations.

Mais c'est incontestablement un compromis. Il est clair que la ville de San Francisco dispose de budgets plus importants et peut embrasser davantage de projets en même temps. Ceci dit, je suis convaincu qu'il n'existe pas une seule réponse au défi de la Smart City, qu'il n'y a pas une unique solution ou encore de recette miracle applicable à toutes les villes. Il importe d'élaborer une solution distincte selon les défis de la ville concernée et du contexte local.

Quelle est votre vision de la Smart City ?

La Smart City devrait être vue à travers le prisme suivant : viabilité, faisabilité et durabilité. L'expérience actuelle des citoyens lorsqu'ils se rendent à la mairie n'est bien souvent pas très satisfaisante. Il y a d'abord les longues files d'attente et l'issue de leur démarche demeure incertaine. Nous voulons en faire une expérience transparente, aussi rapide que possible grâce à l'utilisation d'applications, par exemple. Si vous avez besoin d'un permis à bâtir pour des travaux dans votre maison, vous devriez pouvoir soumettre votre requête via un support mobile. Pour répondre à ce besoin, nous avons digitalisé environ 60 services et simplifié autant que possible la signalisation d'un problème, le paiement d'une amende pour mauvais stationnement ou l'accès au relevé de la consommation énergétique de votre maison. Nous avons également développé une bibliothèque virtuelle. Vous pouvez télécharger des livres, de la musique et des films directement à partir de votre téléphone. Un service complémentaire à nos cinq bibliothèques physiques.

Quels types de technologie avez-vous mis en place pour faire de Palo Alto une ville plus intelligente ?

Nous avons lancé PaloAlto311 il y a déjà quelques années. Il s'agit d'une application gratuite grâce à laquelle les habitants peuvent signaler à la commune des problèmes tels que la chute d'un arbre qui barre l'accès à un trottoir ou à une route, des graffitis ou encore des dégradations de la voirie en envoyant simplement une photo. Aujourd'hui, nous comptons quelques milliers d'utilisateurs et nous recevons des centaines de rapports chaque mois. Nous avons également intégré une section « feedback » à l'application qui nous permet d'évaluer la satisfaction des utilisateurs et la qualité de nos services. Par exemple, de combien de temps avons-nous eu besoin pour résoudre un problème spécifique ?

Ensuite, nous bouclons la boucle en mettant cette information à disposition de notre communauté. Nous proposons des données en libre accès pratiquement en temps réel. Nous voulons ainsi encourager les académiciens et autres personnes à analyser nos données. D'une part, cet outil permet une connexion positive entre les résidents et le personnel de la ville et, d'autre part, ces données peuvent aider la prise de décision à l'échelle de la commune.

Palo Alto 311

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez en tant que CIO de Palo Alto ?

Nous voulons souvent réaliser plus qu'il n'est possible ! Les sujets que nous souhaitons traiter sont malheureusement plus nombreux que les minutes ou le personnel dont nous disposons. Par conséquent, notre plus grand défi consiste à fixer les bonnes priorités. Nous sommes une ville relativement petite, avec des moyens en conséquence. Nous devons donc décider avec une précision chirurgicale des dossiers auxquels nous nous attaquons, à savoir ceux qui comptent le plus pour la communauté.

En outre, convaincre nos partenaires de la valeur apportée par nos produits et services est un processus continu. Si le retour sur investissement n'est pas aussi important dans le secteur public que dans le privé, nous devons malgré tout nous engager à défendre nos projets et à chercher du soutien. Pour cela, il est essentiel d'être un bon communicant. À cela s'ajoutent les défis de recrutement, particulièrement chers à la Silicon Valley. Le turn over est grand et les talents demeurent difficiles à trouver. Et pour cause, nous sommes en compétition avec les géants technologiques de la Baie de San Francisco.

Rédigé par Pauline Canteneur