Des scientifiques norvégiens travaillent sur des circuits électriques biodégradables pour faire face au nombre grandissant d’appareils électroniques rarement recyclés. Mais des défis sont encore devant eux.

Les composants électroniques biodégradables face à de nombreux obstacles

Alors que Gartner prévoit 26 milliard d’objets connectés d’ici 2020, le nombre de composants électroniques semble loin de diminuer. Vient donc la question de leur recyclage. Seules quelques initiatives se sont lancées dans la reconversion des circuits mais la masse des matériels électroniques polluants n’est pas encore véritablement traitée. C’est la raison pour laquelle des chercheurs norvégiens ont voulu mettre au point un composant biodégradable. Des expériences avaient déjà été tentées dans cet esprit : à l’université de l’Illinois, les chercheurs avaient créé des circuits dégradables mais qui étaient destinés aux opérations chirurgicales et ne se détruisaient donc que par les liquides corporels. L’idée des scientifiques de la SINTEF (organisation de recherche indépendante basée en Norvège) a donc été d’appliquer le même principe pour les composants ordinaires des smartphones, tablettes et ordinateurs.

Contrôler la vie entière des composants, le challenge scientifique

L’objectif de l’équipe du professeur Karsten Husby est donc de mettre au point un matériel dont l’ensemble du cycle de vie serait contrôlable. En d’autres termes on pourrait déterminer à l’avance la fin des composants d’un appareil. Tout le défi consiste donc à créer un tel composant qui reste aussi fin que ceux utilisés actuellement et qui maintienne en même temps un film protecteur également dégradable. Ils sont ainsi parvenus à créer un prototype contenant du magnésium. Un premier objet qui est soluble dans l’eau en seulement quelques heures. Le but des chercheurs est donc désormais de mettre au point un composant identique mais encore plus fin sans pour autant perdre de ses capacités. “Lorsque les composants sont aussi fins qu’ils le sont actuellement, les choses deviennent très délicate” explique Geir Uri Jensen de l’équipe de recherche.

Un défi économique

En plus des ces challenges purement scientifiques, s’ajoutent des obstacles économiques. Les blocages sont en effet nombreux au développement de composants biodégradables. D’abord, les entreprises d’électroniques ne tireraient aucun profit, sinon celui de l’image, à mettre en place ce type de circuits dans leurs appareils. Les programmes de recherche dans ce domaine ne viennent donc pas d’elles. De plus, les scientifiques du SINTEF avouent une grande réticence de la part des compagnies de recyclage qui pâtiraient fortement d’une telle invention. Le chemin semble donc encore long avant de voir apparaître des appareils électroniques éco-responsables, entièrement biodégradables. Les chercheurs norvégiens cherchent d’ailleurs à lever de nouveaux fonds pour continuer leurs études qui n’en sont qu’à leurs débuts.

Rédigé par Guillaume Scifo