Surveiller les patients à distance via des capteurs est un beau concept qui ne demande qu'à se réaliser. Le projet Neuromancer démontre que cela ne sera pas le cas en l'absence d'un business model adéquat...

Surveiller les patients à distance via des capteurs est un beau concept qui ne demande qu'à se réaliser. Le projet Neuromancer démontre que cela ne sera pas le cas en l'absence d'un business model adéquat. 
 
Comment faire échouer un beau projet de recherche? C’est ce que nous dévoile l’équipe de R&D du constructeur américain Sun Microsystems chargée de Neuromancer (*). Ce projet a pour but de créer un système informatique capable de connecter et de partager de l’information - pouls, fonctionnement du cœur, etc. -issue de millions de capteurs biométriques connectés au réseau par intermittence. Les cinq chercheurs partaient du principe que ces types de capteurs finiraient par être très répandus et intégrés dans des objets usuels. Ce qui a priori ne semble pas farfelu.
 
Collecte et partage d'informations
 
Les applications d’un tel système sont vastes: alertes aux usagers qui courent un danger, suivis des patients traités à domicile. Bref: il promettait de faciliter la vie des praticiens. Sans compter que, dans le cadre d’expérimentations plus vastes, il aurait pu faciliter l’obtention de statistiques bien utiles pour le lancement d’études scientifiques. L'architecture d'un tel outil, indifféremment centralisé ou distribué, devait également faciliter le partage d’informations entre différents praticiens voire différents organismes de santé. Dans un autre genre, il aurait même pu être mis à contribution pour collecter des informations de maintenance pour le compte de l'industrie automobile. Une belle vision, mais patatras: Neuromancer restera dans les cartons. Les technologies - Java et Jini... de Sun Microsystems - se révèlent inadéquates. En outre, Jim Waldo, Tim Blackman, Jane Loizeaux, Robert Sproull, Michael Warres et Ann Wollrath se sont rendus compte que les bénéficiaires des innovations n’étaient pas les payeurs.
 
Pas de bénéfice économique pour le payeur
 
Si les hôpitaux devaient financer l’installation, le bénéfice économique allait en effet principalement revenir aux sociétés d’assurance. En outre, le système de santé américain - cible initiale de la recherche - reposera encore longtemps sur des systèmes informatiques disparates et essentiellement propriétaires, alors que le Neuromancien devait se reposer sur des systèmes "interopérants". Et en regardant du côté des pays européens, connus pour leurs systèmes de santé et de paiement centralisés, les chercheurs se sont rendus compte cette fois-ci que leur architecture était trop complexe à mettre en place vis-à-vis du service rendu. L'échec est total... mais en toute transparence.
 
(*) Neuromancer - que l’on peut traduire artificiellement par "le magicien connecté à l’intelligence artificielle" -, est le titre du premier roman de l’Américain William Gibson, considéré comme le père du "cyberpunk".
 
(Atelier groupe BNP Paribas -31/05/2007)