Le projet de construction de l’aéroport le plus écologique au monde a été annoncé pour la ville de Mexico. Si l’architecture est unique en son genre, son succès dépendra de l’héritage qu’il aura dans des écosystèmes urbains et géographiques différents.

La construction de l’aéroport le plus "durable" a commencé à Mexico

Mexico est aussi une ville où la pollution devient une préoccupation prioritaire des pouvoirs publics, et c’est pourquoi plusieurs bâtiments à l’architecture innovante et durable ont vu le jour, à commencer par l’hôpital Gonzalez autonome en énergie construit en pleine ville. L’annonce faîte par le président mexicain Enrique Pena Nieto dévoile un budget de 9,2 milliards de dollars pour la construction de cet aéroport international qui devrait, à terme, faire voyager plus de 120 millions de passagers à l’année. Aux traditionnels halls d’aéroports construits comme des enchaînements de terminaux va donc succéder, à Mexico, un aéroport construit à partir d’une structure unique. Le toit recouvrant l’ensemble du "bâtiment" sera construit en un matériau qui laissera passer la lumière et des arrivées d’air. Ouvertement inscrit dans le mouvement de la "smart city", et grâce à ce toit innovant, l’aéroport est présenté comme un écosystème auto-régulé dans sa gestion des ressources (énergies, eaux, réseaux).

L’impératif architectural d’un bâtiment durable

En effet, l’ensemble de la structure permet de capter 50 mégawatts d’énergie (solaire), ce qui est suffisant pour alimenter plus de la moitié du besoin énergétique de l’aéroport. Des panneaux solaires photovoltaïques sont intégrés à l’architecture pour en faire un bâtiment durable tandis que les larges ouvertures lumineuses amènent suffisamment de lumière naturelle pour limiter le besoin d’éclairage domestique. L’esthétique n’est pas pour autant délaissée, car la transparence du toit et les larges ouvertures utilisées en guise d’aération offrent une vision unique du vas-et-vient du spectacle des avions qui décollent. Les deux designers Norman Foster et Fernando Romero ont imaginé un aéroport en forme de X qui, pour ne compter qu’un seul terminal, ne compte pas moins de 95 portes. Ceux-ci ont bataillé auprès du gouvernement mexicain pour ne construire qu’un seul et unique terminal, et par là économiser les frais de construction d’une navette qui en relierait deux distincts. Bâtiment unique en son genre, les autorités mexicaines disent vouloir obtenir la très prestigieuse certification LEED (pour Leadership in Energy and Environmental Design) décernée par le US Green Building Concil. Selon ses architectes, l’aéroport sera une réussite au sens large lorsqu’il aura convaincu d’autres grands hubs internationaux de se lancer dans un projet similaire.

Les spécificités mexicaines de l’aéroport

L’altitude de la ville permet de limiter l’utilisation de la climatisation : la circulation de l’air seul permet de conditionner l’environnement à une température traditionnelle d’aéroport. Et les architectes de reconnaître unanimement que le climat et la position géographique de Mexico ont été des données centrales dans la conception d’une telle architecture. L’ancrage local n’a pas non plus été minimisé et la présence d’un jardin de cactus au centre de l’aéroport traversé d’une allée en forme de serpent reprennent les symboles historiques du pays. Mexicain, cet aéroport le fut enfin dans la façon dont le président a du réconcilier et faire travailler ensemble des institutions aux buts divergents : les industriels, les PME, le secteur public et le système judiciaire. L’aéroport a en effet bénéficié de l’amélioration des règles commerciales du pays menées par la justice depuis quelques années visant à réduire l’influence des grands monopoles de la télécommunication. Si l’annonce du projet s’est déroulée dans des conditions bien maîtrisée par le pouvoir politique, le souvenir de l’échec du précédent projet, en 2002, arrêté suite aux pressions économiques d’agriculteurs mécontents, reste très présent dans les mémoires de chacun des acteurs en jeu.

Rédigé par Simon Guigue