Vinge la nouvelle ville intelligente, l’énergie Lab de Nordhaven, les laboratoires pour l’éclairage dits DOLL : le Grand Copenhague multiplie les initiatives pour tester en conditions réelles ses solutions innovantes de ville intelligente. Suivez le guide.

Copenhague : une approche test&learn de la smart city

Les effets de l'urbanisation sur les ressources, la consommation d'énergie, la circulation, la mobilité, les déchets et la pollution sont multiples. Nous devons être “intelligents” pour faire face à ces défis et travailler ensemble avec des entreprises, des universités, les citoyens... tous ceux qui sont engagés pour construire une meilleure ville du futur”. Le maire chargé des affaires techniques et environnementales de Copenhague Morten Kabell, a détaillé l’ambition de la Ville dans son discours d’inauguration du Street Lab. À l’occasion des Greater Copenhagen Smart Solutions, le 8 juin 2016, la Ville a en effet dévoilé ces initiatives pour “Identifier, développer et faire la démonstration de nouvelles solutions en utilisant des technologies de pointe” et ce “en conditions réelles avant qu’elles ne soient étendues”.

Améliorer la qualité de l’air, la gestion des déchets et le bien-être des Copenhaguois

Copenhague dispose de plusieurs espaces dédiés au test de ces innovations. Au coeur de la ville, le tout récent Street Lab incarne à lui seul cette volonté de fer de la Ville de faire plus vert, plus tech, plus durable, plus intelligent, plus sain... en un mot : mieux. “Les capteurs sont en harmonie avec les bâtiments anciens. [...] Nous développons et testons certains des composants majeurs de la Copenhague du futur, explique le maire. Ce sera une ville qui utilise la technologie et les données mais les décide avec et pour ses citoyens.” Pour s’assurer que les solutions des entreprises bénéficient à tous, le street lab a été installé à la fois sur un boulevard parmi les plus empruntés du Danemark et dans une rue réaménagée pour donner la priorité aux cyclistes et aux piétons.

Street Lab au coeur de Copenhague

Le Street Lab de Copenhague a été inauguré le 8 juin 2016

Per Boesgaard, Coordinateur Partenariats & Innovations de Copenhague, considère cet espace comme “une étape vers une ville plus vivable et qui fonctionne mieux”. Il faut dire que pour chaque problème ou presque, une solution est proposée. “Gestion intelligente des déchets, smart parking, capteurs qui détectent l'humidité dans les plantes et autres nouveaux moyens de mesurer la qualité de l'air en ville... c'est comme cela que l'on peut créer un impact direct sur la qualité de vie, précise le maire. Quand on sait que plus de 500 Copenhagois meurent tous les ans des conséquences de la pollution de l’air, on doit agir.”  Pour cela, la municipalité a fait le choix de le mesurer en temps réel.

La station de la taille d’une container maritime “pas très esthétique ni très abordable” est désormais complétée par plusieurs petits capteurs de l’entreprise CPH Sense, qui couvrent une zone plus large. “Associé à d’autres capteurs, on obtient une image précise de la Ville et on peut voir comment la qualité de l’air est corrélée avec ce qu’il se passe dans chaque endroit. Cela nous permet d’agir avec précision”, annonce le maire. En effet, la Ville sait désormais quels sont les lieux les plus pollués et si c’est lié à la circulation automobile, à une industrie ou autre et peut intervenir en conséquences.

À chaque fois qu'on change quelque chose on a une approche multifonctionnelle, il ne s'agit pas d’améliorer une chose unique mais toutes les choses qui sont liées”, spécifie Per Boesgaard. Planter plus d’arbres, faciliter le stationnement ou encore multiplier les pistes cyclables permettent ainsi de réduire la pollution. “Parallèlement on se demande de quoi les gens ont vraiment besoin.” Sondages, réunions ou rencontres citoyennes leur permettent d’avoir la réponse à cette question. “Les citoyens peuvent choisir de faire partie d’un panel, ils reçoivent ensuite un courrier qui les informe du sujet et de l’heure de la consultation.” Les solutions apportées doivent en effet être acceptées. Et ce n’est pas si simple. “De mon point de vue le CO2, le plan climat sont des choses abstraites. Pourquoi le Copenhagois voudrait s’intéresser aux émissions des engins de construction ? Ce qui est important c’est plutôt de se sentir bien dans la ville et que les machines ne polluent pas, ne fassent pas trop de bruit...”, considère le responsable innovation et partenariats de la ville.

Tester l’éclairage connecté et construire des bâtiments puis une ville intelligente

Copenhague a donc concrétisé ses projets à petite échelle. Elle fait la démonstration de l’intérêt d’une ville respectueuse de l’environnement et sensible à l’économie d’énergie. Pour le comprendre, rendez-vous dans un quartier de la capitale, à Nordhavn. Per Boesgaard envisage “L’EnergyLab [qui s’y trouve] comme un exemple de la vision de Copenhague de développer un nouveau quartier durable avec des solutions concernant la production et la consommation d’énergie”. Le programme démarré en 2015 doit se terminer en 2019. Pendant quatre ans l’endroit sert de prétexte pour montrer comment électricité et chauffage, bâtiments économes en énergie et transports électriques peuvent être intégrés au sein d’un système énergétique intelligent, souple et optimisé. “On collabore régulièrement avec le secteur privé, simplement parce qu'on ne peut pas tout faire nous-même. On a besoin de connaissances et de ressources venant d'ailleurs”, révèle Per Boesgaard.

L’un des exemples de cette collaboration entre la Ville, une université et une entreprise se nomme Smart buildings city logistic. “C’est un de mes bébés : imaginez une maison de 10 mètres de haut avec un toit plat, et au-dessus une turbine à vent et un panneau solaire. On peut produire beaucoup d'énergie ainsi, probablement plus que ce dont le bâtiment et ses habitants ont besoin. On le saura dans six mois quand on aura les résultats de l'expérimentation”, se réjouit Per Boesgaard. Un architecte a également contribué à intégrer le bâtiment le mieux possible dans le paysage et à trouver l’emplacement optimal par rapport au vent et au soleil. Il ne manque à la Ville, qu’à s’occuper des luminaires.

Direction la banlieue de Copenhague pour voir les DOLL. Les trois laboratoires pour l’éclairage ont pour objectif de démontrer l’intérêt de passer à la technologie LED par souci d’économie (d’énergie), de proposer des solutions intelligentes en intérieur et en extérieur et de générer ainsi de l’emploi.

 

Vinge, un projet de ville intelligente près de Copenhague

Vinge, le projet de ville durable doit durer une vingtaine d’années

Dernier arrêt : Vinge (se prononce Vingue). À une heure du centre de Copenhague en car, cette petite ville en construction dans la commune de Frederikssund, a vocation a être intelligente, écologique et durable. Derrière les champs de coquelicot se cache un projet sur 370 hectares. Station de trains, écoles, maisons individuelles, delta artificiel, quartier d’affaire, une autoroute et environ 4000 emplois créés à terme sont au programme. À Vinge, beaucoup d’espèces protégées continueront à évoluer en paix. Un système a été installé pour contrôler la qualité de l’eau et veiller à la maintenir. Les premiers habitants emménageront bientôt mais les finitions ne s’achèveront que dans une vingtaine d’année.

Au lieu de multiplier les plans de transformation stratégiques, la capitale danoise a adopté la méthode test&learn. Vinge, DOLL, EnergyLab et Streetlab sont des échantillons du Grand Copenhague intelligent de demain. La Ville souhaite ainsi inspirer les entreprises, les pousser à innover, et montrer que construire la smart city éthique du futur est possible. "Nous ne devons pas nous perdre dans la fascination de la technologie. Ce n’est pas facile à dire pour moi le fan de sciences fiction qui attend toujours les voitures volantes. Mais on a besoin de la tester, de s'assurer que la technologie fonctionne pour les habitants et n'a pas d'effets indésirables. Par exemple on ne veut pas de système qui soit utilisé pour la surveillance ou l'invasion de la vie privée des citoyens. Si on obtient de bons résultats ce pourrait être la clef de la construction de meilleures villes à l'avenir", poursuit le maire dans son discours. “Pour nous, smart signifie : durable, pratique et où il fait bon vivre”, conclut Per Boesgaard.

 

 

Rédigé par Sophia Qadiri
Journaliste