"Rendre les gens heureux en améliorant leur vie digitale" (Make People Happy by Improving their Digitale Lives), telle est la vision sympathique de CyWorld, l'un des sites Web les plus populaires en Corée et sans doute l'une des plus grandes communautés d'individus du Net avec ses 20 millions d'adeptes. Les 4 millions d'habitants de Second Life n'ont qu'à bien se tenir !

Le succès de CyWorld est devenu un phénomène si important qu'il est aujourd'hui quasiment impossible de rencontrer cette entreprise si l'on n'a pas de "motivation business" claire et précise. Les dirigeants de CyWorld croulent en effet de plus en plus sous les demandes de rencontres venant des quatre coins du globe. Pour L'Atelier, la seule solution pour rencontrer CyWorld était de faire jouer les relations personnelles de nos contacts locaux. La chance aidant, nous avons été reçus dans les locaux de CyWorld du Limkwang Building à Séoul. CyWorld est une contraction de cyber world, "monde virtuel". En coréen, "Cy" signifie également "relation". Pour mettre en relation les individus, CyWorld a construit quelque chose d'assez unique dans le monde de l'Internet. Le site rend à l'internaute tous les services dont il peut avoir besoin. Le monde de CyWorld concentre à la fois des services équivalents aux blogs que l'on appelle Minihompy, des services de partage de photos, de vidéos et d'achat de musique. CyWorld vous permet aussi de rester facilement en contact avec vos amis, d'échanger des messages, d'envoyer des SMS et même tchater. Le succès de CyWorld est véritablement spectaculaire. 96% des 20-29 ans utilisent "régulièrement" ce site, c'est-à-dire le plus, souvent plusieurs fois par jour. Et le nombre d'utilisateurs total représente déjà 40% de la population coréenne. NateOn, le nom du service de tchat "maison" a supplanté MSN depuis mars 2005 en Corée. Il compte aujourd'hui près de 14 millions d'utilisateurs. Après avoir dépassé les 12 millions en 2004, MSN a vu ses parts de marché s'effondrer pour ne plus représenter que 6 millions de fidèles aujourd'hui. Depuis que CyWorld a vu le jour en 1999, 180 millions de chansons ont été téléchargées ce qui en fait de la seconde plate-forme de distribution de musique sur Internet après iTunes. Enfin, avec une moyenne de 100 000 vidéos mises en ligne tous les jours, CyWorld détrônerait même YouTube au rang des leaders de la vidéo sur le Net. Mais ce qui est vraiment le plus intéressant chez CyWorld, c'est son modèle économique. Contrairement à la plupart des grands portails il ne dépend pratiquement pas de la publicité. La première source de revenus de CyWorld sont les dépenses journalières des utilisateurs. Celles-ci s'élèvent à environ 300 000 dollars par jour pour l'achat d'objets virtuels qui leur permettent de décorer et de personnaliser leur page d'accueil (la fameuse Minihompy) : accessoires, musiques de fond, avatars, cadeaux, etc. Pour cela une monnaie virtuelle, le dotori (qui signifie "gland") a même vu le jour. De même que Google semble avoir mis la main sur un modèle économique publicitaire sans limites, si ce n'est l'étendue de l'espace Web "affichable", CyWorld pousse de son côté le concept du commerce de produits digitaux à un niveau jamais atteint. Imaginez en effet que, parmi les objets et accessoires virtuels achetés dans CyWorld, bon nombre ne sont seulement utilisables que pour une durée limitée. Autrement dit, il s'agit purement et simplement de "location". CyWorld propose même aux utilisateurs qui souhaitent rendre leurs "achats" avant échéance, de les reprendre "d'occasion" pour un prix moindre que le "neuf". Avec un tel modèle économique, on peut alors imaginer des sources de revenus intarissables ! Et l'appétit de l'ogre CyWorld ne semble pas vouloir s'arrêter là. Afin de mettre la main sur les formidables recettes publicitaires que son audience lui permet d'espérer, un service comparable à Google AdSense a été mis en place : HappyClick. Chaque utilisateur peut afficher de la publicité dans son espace personnel. Il partage alors avec CyWorld les revenus générés par la présence de l'annonceur. Avec ce système, CyWorld pense avoir remédié à la "fraude au clic", ce phénomène qui semble être aujourd'hui le principal talon d'Achille de Google. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour entrer dans CyWorld il est nécessaire de s'enregistrer au préalable avec un nom d'utilisateur et un mot de passe. Par conséquent, cela empêche la navigation anonyme sur laquelle se basent tous les systèmes manuels ou automatisés de clics frauduleux sur des annonces publicitaires. Depuis 2005, CyWorld a entrepris de se développer au-del` de ses frontières. Cependant, mis à part la Chine qui compte 3,6 millions d'utilisateurs, son succès reste assez mitigé : 46 000 utilisateurs au Japon, 70 000 à Taïwan et 90 000 aux USA. Une version pour le Vietnam est prévue pour 2007. L'Allemagne sera également cette année le premier pays européen à tester le modèle asiatique de CyWorld. Patrice Nordey Responsable Asie L’Atelier BNP Paribas Au sommaire : - La télévision sur mobile : ça marche ! - Corée : Plongée dans l'univers de CyWorld - La Corée paye le coût de la monoculture - Nos amis les robots >> Retour au dossier