Réflexe du matin, après peut-être un petit café, consulter sa messagerie. Pour beaucoup d'employés, c'est même le premier geste accompli en arrivant au bureau. A regarder certains envoyer...

Réflexe du matin, après peut-être un petit café, consulter sa messagerie. Pour beaucoup d'employés, c'est même le premier geste accompli en arrivant au bureau. A regarder certains envoyer compulsivement des mails à leur voisin de bureau situé à moins de deux mètres, ou passer des heures à trier le contenu de leurs boites mails, on peut se demander si les nouvelles technologies nous font vraiment gagner du temps.
Le mail est devenu le moyen de communication de prédilection des employés : 80 % déclarent le préférer au téléphone selon une étude du cabinet Meta Group. Pourtant, huit cadres sur dix affirment être obligés de relancer leurs collaborateurs pour obtenir une réponse à leur requête.
Entre les listes de diffusion interne, les communiqués, les publicités et les courriers non sollicités (spams), l'utilisateur est sans cesse sollicité par son logiciel de messagerie. Au point que beaucoup finissent par ne plus vraiment prêter attention aux courriers qu'ils reçoivent, quitte à parfois laisser passer dans le flot ininterrompu des courriers d'une importance capitale.
Un salarié reçoit en moyenne plus de 50 mails par jour, dont la moitié sont des courriels internes à l'entreprise. Si l'on ajoute à cela le téléphone, les fax et les relations orales, les interruptions sont incessantes. Difficile dans ces conditions de se focaliser sur les taches à accomplir.
En 2004, une étude menée par Novamétrie et analysée par Capio pour Microsoft indiquait que 81 % des dirigeants interrogés pensaient que la rapidité de transmission induite par l'utilisation des TIC provoquait un sentiment d'urgence engendrant un manque de recul sur les informations transmises. Avec à la clé, des prises de décision non pertinentes.
En avril dernier, le très sérieux institut psychiatrique du King's College de Londres estimait à 62 % la proportion d'adultes véritablement drogués au mail, et estimait la nocivité de cette nouvelle forme d'addiction supérieure à celle du cannabis ( lire l'article ) !
Si l'addiction s'arrêtait aux portes du bureau... Avec les appareils mobiles, il n'y a jamais de trêve. Les fanatiques du Blackberry ont surnommé leur boîtier fétiche "Crackberry" pour symboliser la dépendance dont ils sont victimes : "Mon chéri, ne sors pas ton Blackberry à table, s'il te plaît !".
Ces sollicitations permanentes génèrent un stress important doublé d'un fort sentiment d'impatience. Quand soi-même, l'on s'efforce de réagir toujours plus vite à ces sollicitations, on a du mal à supporter que d'autres choisissent de se ménager des plages de calme... Pour rester efficace, il est pourtant primordial de déconnecter de temps en temps !
Le problème n'est pas intrinsèque au courrier électronique en soi : perte de temps et sollicitations intempestives sont le fait des employés qui n'utilisent pas correctement les outils dont ils disposent. Combien envoient des courriers à rallonge pour ne transmettre qu'une information sans importance ? Combien adressent leurs messages à une liste de diffusion alors que l'information ne concerne qu'un personne ?
Il est difficile, voire impossible, de quantifier les pertes de productivité engendrées par la mauvaise utilisation ou la méconnaissance des outils de communication. Une véritable fracture numérique se met en place entre d'un côté, ceux qui maîtrisent les TIC et les utilisent à outrance, et de l'autre, ceux qui ne parviennent pas à s'acclimater.
Alexandre Laurent, pour l'Atelier
(Atelier groupe BNP Paribas- 09/09/2005)