Les Living Labs visent à mettre en relation différents acteurs de la société afin de faire appel à leurs connaissances spécifiques nécessaires à la réalisation d'un projet. Mais aussi à l'innovation.

"Dans une économie des liens, une entreprise ne peut plus agir seule"

Entretien avec André Loechel, Président de la Fondation des Territoires de Demain, à l'occasion des Etats généraux permanents du réseau français des Living Labs qui se sont déroulés le 20 juin 2012 à Montbéliard.

L'Atelier : Qu'est-ce qui induit une démarche de collaboration au sein d'un Living   Labs ?

André Loechel :Un acteur, comme une entreprise, évolue aujourd'hui dans une économie des flux et donc des liens, c'est-à-dire qu'il ne peut plus faire sa stratégie ou agir seul. En revanche, trois types d'acteurs doivent collaborer avec leurs savoirs spécifiques au service d’un projet commun : les chercheurs, les acteurs économiques et la société civile. Ils doivent donc travailler de façon complémentaire, et aller chercher les savoirs de chacun. D'abord parce qu'il y a le besoin de les mobiliser en allant chercher tel institut ou telle autre personne pour faire avancer un projet, et ensuite parce qu'il y a une quantité importante de savoirs. D'une certaine façon, on profite de l'autre. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a plus de concentration de compétences sur le territoire. D'ailleurs il existe les pôles de compétences, comme la nanotechnologie à Grenoble mais qui ne fonctionne que si elle s'inscrit dans une tradition longue. Evidemment, cela n'est pas nouveau : les Living Labs s'inscrivent dans un moment de mutations économiques, sociales et culturelles, comme les Académies des Sciences à la Renaissance ou les clubs de la Révolution industrielle.

Cela permet donc à votre avis à une entreprise d'innover plus vite, sur le principe de l'innovation ouverte ?

Oui, lorsque l'on est dans une phase de réalisation, de production, de changements de produits qui s'inscrit dans un temps court, ce n'est pas la R&D interne qui permet de répondre à ces changements. Les Livings Labs permettent donc d'être le plus réactif possible pour répondre aux demandes des usagers. Mais également de faire des économies d'argent par la connaissance que l'on a des usages, comme pour un panel, ou parfois les usagers démultiplient les usages. C'est le cas du Living Labs de Nantes qui a installé des QR Code sur les monuments historiques avant que cela ne se diffuse, ce qui a permis aux sociétés de communication et aux entreprises de s'en saisir.

Qu'en est-il des Living Labs en France ?

En France, le développement des Livings Labs a suivi la même chronologie que souvent. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu d'accueil immédiat et rapidement, on a atteint plusieurs Living Labs de référence comme la Cité des Sciences ou Issy-les-Moulineaux. On en dénombre aujourd'hui plusieurs dizaines, en fonction des structures de labellisation, comme l'European Network of Living Labs. Ca a vraiment commencé il y a environ 5 ans, ça s'est accentué vers la fin de 2008. Mais il y a toujours un problème culturel en France, par exemple sur la propriété des idées ou la mise en relation des connaissances. La difficulté, c'est que l'on se cramponne encore à des schémas en voie de disparition et qui ne sont pas compatibles avec l'économie de l'immatériel. Alors que les entreprises ont tout intérêt à jouer la carte de l'ouverture car on peut en apprendre beaucoup.