Au-delà de l'aspect divertissant, les jeux permettent de renforcer la cohésion sociale. Les allers-retours entre le monde réel et le monde virtuel peuvent même modifier le fonctionnement de l'entreprise.

"Dans les entreprises, c'est l'esprit ludique qu'il est important de développer"

Entretien avec Patrick Schmoll, anthropologue ingénieur d'études au CNRS, consultant associé au sein d'Almedia

L’Atelier : Quel est l’intérêt du jeu ?

Patrick Schmoll :La première fonction du jeu est bien sûr essentiellement ludique. On joue pour le plaisir. Le monde virtuel propose aux individus de prendre des risques sans danger, d’explorer des possibilités infinies, et de donner des récompenses sans pour autant être puni. C’est une sorte d’échappatoire qui n’existe pas dans le monde réel. 

Passer par le jeu signifie t-il que l'on exclue des tranches d'âges ?

Patrick Schmoll :Les motivations qu’exerce le jeu ont évolué vers un public qui n’est plus forcément jeune et masculin comme on pouvait le constater il y a quelques années. Bien sûr, ce sont les jeunes générations qui sont les plus réceptives aux jeux virtuels. En revanche, c’est le contenu du jeu et non le jeu en soit qui compte vraiment, il se popularise et touche aussi bien les hommes que les femmes.

Que se passe-t-il dans un espace virtuel ?

Patrick Schmoll :.Des idées, des valeurs s’y développent, se partagent entre les joueurs et s’expérimentent dans le jeu. Les joueurs ont, comme dans la vie réelle, la possibilité d’entrer dans plusieurs personnalités, et d’entrer dans des identités valorisées. C’est ce qui se passe aussi dans les réseaux sociaux. Des "constructions identitaires" s’y développent et cela permet de débloquer et d’assouplir les liens dans les entreprises. En interne le jeu permet de renforcer les liens sociaux et la cohésion. C’est un outil de communication, un élément de formation du lien social.

Certains avancent que le jeu a même un impact structurel

Patrick Schmoll : Oui, les emprunts occasionnés avec cet aller-retour entre le monde réel et le monde virtuel peuvent peut-être même transformer la manière dont l’entreprise fonctionne. Les joueurs confrontent leurs visions, leurs valeurs, leurs modes de fonctionnement à ceux des autres et les réinvestissent dans le monde réel. En somme, c’est l’esprit du jeu qu’il est important de développer.

Comment peut-on considérer et utiliser ces données aujourd’hui ?

Patrick Schmoll : Ce qui rend le jeu pertinent aujourd’hui, c’est son accessibilité. La communication n’est plus réservée à ceux qui ont accès aux média, à la presse, c’est à dire aux élites. Les nouvelles technologies popularisent la communication. Il y a quelques années, les blogs étaient très populaires. Désormais, ce sont les forums, les jeux vidéo, les réseaux sociaux qui sont sur le devant de la scène. Certains sont toujours réticents à ces nouvelles formes de communication, de peur qu’elles perdent leur valeur. Au contraire j’ai une approche plutôt positive de ces moyens de communication virtuels et je pense que leur popularisation est bénéfique au sein des entreprises

Rédigé par Estelle Caudal