Entretien avec Benoit Bazzocchi de SmartAngels et Benjamin Wattinne de Sowefund. Deux entrepreneurs qui tentent de soutenir les start-up à travers le financement participatif. Non sans difficultés.

« Démocratiser l’investissement », le pari risqué des plateformes de crowdfunding pour les start-up

L’un a fondé Sowefund, l’autre est président de SmartAngels. Benjamin Wattinne et Benoît Bazzocchi se sont tous deux confrontés aux problèmes du financement des start-up. Chacune de leur plateforme propose d’aider les jeunes entreprises grâce au financement participatif dans ce moment critique qu’est l’après-lancement. Quand les investisseurs du début ne peuvent plus donner et quand les banques ne les estiment pas encore assez solides. Les deux fintechs, ces entreprises qui bousculent le monde de la finance, sont présentées lors du Fintech day organisé par Octo Technology ce 25 mars.

L’Atelier : Vous avez tous les deux fondé des plateformes pour le financement participatif des start-up. À quels besoins répondent-elles ?

Benoît Bazzocchi : SmartAngels existe depuis 2012 et les besoins que nous avons identifiés sont liés à l’accès au financement des start-up et des petites et moyennes entreprises (PME) de croissance. On parle d’equity gap [trou de financement, soit le moment où une jeune entreprise a du mal à trouver de nouveaux investisseurs, ndrl] autour de 100 000 et 1 million d’euros. On peut mettre le curseur où l’on veut mais globalement c’est cette typologie d’entreprise. D’un autre côté, on constate un appétit croissant de la part des investisseurs pour investir en direct, avoir une maîtrise de l’épargne et une autonomie de gestion. On est sur une problématique de marché et de rencontre de l’offre et de la demande. De fait, les plateformes web peuvent répondre à cette problématique-là.

Benjamin Wattinne, co-fondateur et directeur général de Sowefund (à droite) et Benoit Bazzocchi, président de SmartAngels (à gauche)

Benjamin Wattine : Chez Sowefund, nous sommes partis du même constat : il faut combler cet equity gap par les business angels [les particuliers qui donnent de leur temps ou de leur argent pour les entreprises innovantes, ndrl]. D’autant plus que nous nous sommes rendus compte qu’il y avait une appétence de plus en plus grande dans le fait de savoir où va l’argent que l’on place. D’où l’idée de proposer ce produit d’investissement - ces start-up avec un besoin d’investissement- à la foule. Notre ambition c’est de démocratiser l’investissement en capital et d’essayer de le faire à partir de faibles montants.

L’Atelier : Dans ce domaine, où en sont les acteurs traditionnels comme les banques ?

Benoît Bazzocchi : Les banques ne prêtent pas quand il y a trop de risques.

Benjamin Wattine : En effet les banques trouvent cela trop risqué. Et leur seul moyen de participation c’est à travers des fonds d’investissement. Donc il y a un réel besoin et c’est tout l’intérêt des fintechs. Nous essayons d’inventer le modèle de demain qui va permettre grâce au numérique de répondre à cette problématique avec une économie d’échelle et de coût.

L’Atelier : En tant que fintech, vous êtes confrontés à un problème que n’ont pas les banques traditionnelles ; à savoir installer une confiance notamment vis-à-vis de la sécurité. Comment vous êtes-vous emparés de ce problème ?

Benjamin Wattine : C’est la question la plus importante. Aujourd’hui toutes les plateformes, quel que soit le secteur d’activité, sont confrontées à ce problème. Notre communauté d’investisseurs a envie de savoir où va l’argent, à quoi ça sert et ce que ça peut rapporter. Pour rassurer nos investisseurs, nous avons un nom de domaine totalement sécurisé. Derrière, nos partenaires de paiement rassurent aussi. Nous ne pouvons pas partir avec l’argent.

Benoît Bazzocchi : De plus, nous avons tous des obligations réglementaires de fourniture d’informations aux investisseurs très strictes. C’est un élément de réassurance fort. Sans parler en effet des partenaires de gestion de flux et de transferts qui rassurent énormément. Lorsque nous avons des prestataires sérieux avec un agrément AMF [l’Autorité des marchés financiers, ndrl] et des solutions technologiques solides, il y a une appétence pour le produit proposé et ça marche.

L’Atelier : Les start-up très spécialisées peuvent être un frein pour les investisseurs. Comment les convaincre lorsque l’entreprise n’a pas de positionnement grand public ?

Benoît Bazzocchi : C’est compliqué mais on s’aperçoit qu’il est difficile d’anticiper les succès et les échecs, de distinguer les sociétés sur lesquelles il va y avoir un financement assez rapide de celles qui vont moins bien marcher. C’est précisément pour cela que les plateformes continueront à avoir un éventail assez large du point de vue des secteurs d’activité. Mais il est vrai que pour des entreprises très spécifiques en B2B [Business to Business, qui s’adressent aux professionnels, ndrl] ou au milieu d’une chaîne, nous auront du mal à convaincre.

Benjamin Wattine : Tous les projets ne peuvent pas avoir accès au crowdfunding. C’est difficile de défendre une entreprise de biotech complexe ou un projet de mécanique pour créer un nouveau boulon qui va changer le moteur d’un avion par exemple. Celles qui parlent au public ce sont les entreprises qui ont un projet simple. Nous travaillons donc avec chaque entrepreneur pour tenter de vulgariser leur modèle par le biais d’une vidéo et d’expliquer avec des mots simples ce que fait la start-up. Au final, nous sommes assez surpris de constater que beaucoup de gens s’intéressent à ces activités spécifiques. Pour une raison simple : cela leur fait moins peur que d’investir dans un de ces nombreux produits qui voit le jour. Ils préfèrent un secteur d’activité qu’ils connaissent dans lequel ils ont éventuellement travaillé.

Rédigé par Guillaume Scifo