Pour le développement de la smartcity, les contraintes économiques et écologiques, mais surtout la recherche de flexibilité dans les déplacements, nécessiteront à la fois information et déplacement multimodaux.

[Digiworld Summit] “Les coûts d'énergie et d'infrastructure entraîneront plus de déplacements multimodaux”

Interview de Chloé Perreau, project manager smarter mobility à Montpellier Agglomération dans le cadre de son intervention à la table ronde "Smart city & Digital living: rethinking mobilities in the city" lors du Digiworld Summit 2013.

L'Atelier : Lors de la table ronde, vous insistiez sur la nécessité de la smartcity de s’adapter à la volonté des citoyens d’accéder à des déplacements multimodaux. Quelles différences existe-t-il entre ce genre de déplacements et ceux intermodaux?

Chloé Perreau : La principale distinction est l'échelle de temps. Un déplacement intermodal est un déplacement unique associant plusieurs modes de transport comme le bus, puis le vélo par exemple. Le déplacement multimodal se comprend plus en terme de concept, de schéma de déplacement. Concrètement, un jour vous allez pouvoir utiliser la voiture et un autre le train. Cela s'entend à la fois pour des trajets ponctuels et réguliers. En effet, on note depuis une vingtaine d'années une recherche de souplesse dans les modes de transports des trajets quotidiens. Des facteurs comme les RTT ont fait augmenter la part des déplacements autres que le traditionnel trajet domicile-travail.

Par conséquent, qu'implique la gestion multi-modale des déplacements pour une collectivité territoriale?

En termes de politique publique, le plan de déplacement urbain a inscrit l'objectif de report modal. En effet, il est nécessaire de faire passer les citoyes de la voiture personnelle aux transports collectifs. Pour cela, il faut créer une offre multimodale dont l'objectif sera de bénéficier de la même souplesse que la voiture sans les contraintes de coûts et de stationnement. Une perspective consiste donc à optimiser les infrastructures de transport. Il faut faire en sorte d'obtenir les meilleurs taux de fréquentation sans être surchargé. Intervenir dans des situations de congestion et donc de crise est primordial.

Quels sont les différents acteurs intervenants dans une telle gestion? Quels sont leurs rôles et leurs intérêts?

Le sujet est complexe et mobilise pléthore d'acteurs sur le champ de la mobilité au sens large. Du côté public, on trouve les autorités organisatrices des transports. À Montpellier, celles-ci sont déjà multimodales. En effet, la société déléguée (la TAM) organise aussi bien les tramways que les bus, vélos ou les automobiles en libre service. La région est responsable des TER et est extrêmement importante dans la mesure ou beaucoup de personnes venant de Sete ou Nîmes viennent à Montpellier. Ensuite, on trouve le conseil général et la municipalité pour les voieries ainsi que des partenaires privés comme pour la gestion des autoroutes. Les gestionnaires de parking ont également leur rôle ainsi que les acteurs du covoiturage. D'ailleurs ecolutis a été racheté par la SNCF et le site de l'agglomération détient une fonction qui "match" l'offre et la demande sur ce sujet. Ces acteurs sont également important dans l'information.

Justement, quid de l'information multimodale?

Les acteurs traditionnels du transport en commun fournissent des l'information pour des solutions multimodales de déplacements. Des filiales comme Cityway proposent des calculs d'itinéraires multimodaux. Les acteurs routiers le font également. Vinci, par exemple, veut faire de ses parkings des pôles d'échanges multimodaux en présentant toute l'offre de déplacements à proximité de ses espaces de stationnement. Les acteurs du numérique ont fait une entrée fracassante dans ce domaine. Le service Google Transit proposant des calculs d'itinéraires est, par exemple, très utilisé en Allemagne, du fait d'un partenariat avec la Deutsch Bahn. En France, la SNCF a décidé de faire de l'information multimodale une part intégrante de sa stratégie. Les telcos quant a eux sont plus orientés vers l'exploitation de données permettant une meilleure gestion des déplacements. Enfin, le citoyen a également toute sa place en participant aux informations grâce a l'offre de c- voiturage par exemple : c'est le début de la démarche bottom-up.

Quels sont les obstacles avant de parvenir à une véritable gestion multi-modale?

Le plus gros challenge est la question de la gouvernance. Certains acteurs ont bien compris l'intérêt de l'offre multimodale, Etat et collectivités ont en fait le même intérêt. Il existe une problématique quant au positionnement de chacun dans la chaine de valeur puisque des acteurs privés peuvent venir en concurrence.

Quels moyens de financement?

Pour les collectivités, le déplacement et l'information multimodaux entrent dans le champ du transport en commun et bénéficient donc d'un financement totalement public. Cependant, la loi SRU, autorise la création de société d'économie mixte. Côté privé, les routiers comme Tom Tom font payer leurs services, d'autres comme Google se financent par la publicité. Le cas de ce géant pose d´ailleurs question et nous n'avons pas encore tranché pour savoir quel positionnement adopter par rapport à lui. Il faudrait adapter le format de données à ses standards par exemple. Nous mettrons en place une convention détaillant les objectifs et éléments a financer. En tout cas, une chose est sûre: chaque autorité organisatrice de transport restera propriétaire exclusif de ses données.  

A un horizon proche, comment imaginez vous les déplacements au sein d'une smart city?

Pour rester purement sur le transport, les coûts d'énergie ou d'infrastructure entraîneront la nécessité du déplacement multimodal. Mais il s'agit d'une opportunité gigantesque! Comment construire la ville de demain pour un meilleur confort, une meilleure convivialité? Nous avons déjà mis en place les pôles d'échanges multimodaux comme à la gare Saint Roch qui dispose de nombreux modes de transport mais également une unification de la billetique. La tarification et la billettique constituent en effet le nouvel enjeu pour proposer la meilleure souplesse possible dans l'usage. Là encore la démarche de partenariat sera à privilégier pour proposer un même support d'utilisation et de tarification.

 
Rédigé par Pierre-Marie Mateo
Journaliste