Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les sujets polémiques ne sont pas abordés plus facilement sur les médias sociaux que lors de réelles confrontations.

Les divergences d’opinion se font plus discrètes sur les réseaux sociaux

La peur que l'avis des autres diffère du sien empêche parfois de s'exprimer sur certains sujets en public. C'est souvent le cas en politique. Alors qu'on s'attendrait à ce que cette pudeur s'amoindrisse sur les réseaux sociaux, des chercheurs se sont aperçu que Facebook et Twitter ne sont pas des vecteurs privilégiés pour discuter de politique. D'après un sondage*, le comportement des personnes se révèle assez constant entre le monde physique et le monde digital puisque la "spirale du silence" s'y applique de la même manière. Globalement, les gens discutent plus facilement de sujets s'ils savent que leurs interlocuteurs ont le même avis, et le partage d'opinion personnelle a rarement lieu uniquement entre deux personnes, d'autant moins s'il y a un risque de désaccord.

Eviter de parler de l'affaire Snowden sur internet

Le sondage a été mené peu de temps après l'affaire Snowden, et parmi les 14% des personnes ne se voyant pas envisager ces sujets en face à face, seulement 0,3% verraient dans les médias sociaux un lieu alternatif où ils pourraient s'exprimer. Alors que 40% des sondés seraient très enclins à participer à une conversation à propos du programme de surveillance américain qui surviendrait lors d'un repas de famille, ils seraient autant à ne pas y prendre part si le sujet était abordé sur Twitter. De même, seulement 42% des personnes interrogées se disent prêtes à engager une discussion sur l'affaire Snowden sur un média social contre 86% qui le feraient de vive voix. Si l'existence de réticences à évoquer sur internet un sujet à propos de la surveillance des réseaux de communication n'est pas étonnante, le constat plus global peut surprendre.

L'importance du degré de connaissance et d'intérêt

Mais l'étude apporte d'autres éléments qui expliquent la propension plus ou moins grande des personnes à évoquer des sujets polémiques. Parmi eux, il faut mentionner le degré de connaissance du sujet. En effet, plus on a l'impression de bien connaître les tenants et aboutissants d'une affaire, plus l'on va se sentir légitime pour en parler. Le degré de conviction importe aussi, de même que le niveau d'intérêt pour le sujet. Les résultats de l'étude ne contredisent pas pour autant le constat que la parole des groupes politiques extrêmes se délie sur internet. Car le web facilite le fait qu'ils se trouvent et donc s'expriment au sein d'un groupe de personnes qui partagent leurs opinions. Ces mêmes personnes ne prendraient pas aussi facilement la parole pour échanger avec quelqu'un dont ils ne connaissent pas les idées politiques ou dont ils savent qu'elles diffèrent des leurs.

* Sondage de 1 801 adultes Américains réalisé du 7 août au 16 septembre 2013 par le Princeton Research Associates International.

Rédigé par Lucie Frontière
Journaliste