Utiliser les données des téléphones mobiles pour aider au déploiement du réseau électrique dans les pays en voie de développement. C’est l’idée d’une équipe du Santa Fe Institute alors que d’autres projets naissent dans la même optique.

Les données du téléphone, levier de développement des infrastructures en Afrique

Les données des téléphones sont-elles la clé pour aider au développement du Sénégal ? C’est en tout cas ce en quoi croit une équipe de chercheurs du Santa Fe Institute et de l’université de Manchester. Ces derniers viennent de livrer une étude dans laquelle ils tentent de prouver l’importance de ces données pour développer un réseau électrique dans un pays où 70 % de la population rurale n’a pas accès à l’énergie. Malgré ce manque d’infrastructure, près de 95 % des habitants utilisent un téléphone mobile.

La couverture du réseau électrique au Sénégal, une grande partie du territoire dans le noir

D’où l’idée des scientifiques Eduardo Martinez-Cesena et Pierluigi Mancarella : exploiter les données mobiles pour proposer un plan d’électrification efficace pour le Sénégal. Les informations anonymisées du réseau mobile (durée, heure, antennes utilisées pour transmettre l’appel, etc.) sont ainsi utilisées afin de clairement identifier et d’anticiper les besoins de la population en électricité. L’avantage d’une telle méthode ? Le temps réel. On peut voir immédiatement les effets de l’électrification d’une zone : activité nocturne augmentée et nombre d’habitants plus important. « Cette nouvelle approche data-driven pour les dynamiques de population nous permet de prédire les besoins des infrastructures locales avec une précision encore jamais atteinte. » se réjouit dans un communiqué un des auteurs de l’étude, Markus Shläpfer.

« Cette nouvelle approche data-driven pour les dynamiques de population nous permet de prédire les besoins des infrastructures locales avec une précision encore jamais atteinte. »

En fait, une nouvelle fois c’est l’idée d’exploiter le mobile contre le recensement pas toujours à jour. Des géographes de l’université catholique de Louvain et de l’université Libre de Bruxelles avaient il y a quelques mois proposé d’exploiter ces mêmes données mobiles pour le recensement de la population. Rappelons que dans tous ces projets, le principe de l’anonymisation des données est immédiatement affirmé par les chercheurs afin de garantir la sécurité de ces informations quelques fois sensibles.

Cette anonymisation est d’ailleurs un des points de départ de l’initiative d’Orange avec Data for Development (D4D). L’entreprise a mis à disposition des chercheurs ses données pour le Sénégal (après la Côte d’Ivoire l’an dernier). Cet outil en main, plusieurs projets ont vu le jour dont celui du Santa Fe Institute récompensé par Orange. Au finale les chercheurs se sont emparés des données pour la gestion des catastrophes, de l’agriculture, étudier la propagation de la malaria… les projets sont nombreux et dans une grande variété de domaines. Pourrait-on donc tout faire avec les données mobiles ?

Rédigé par Guillaume Scifo