L'Atelier s'est fait l'écho ces dernières semaines d'études montrant un engouement de plus en plus marqué pour ces plates-formes, intégrées à l'entreprise ou externes. Le point, en France, avec Bertrand Duperrin.

"En France, l'implantation de réseaux internes tend à se multiplier"

Entretien avec Bertrand Duperrin, consultant chez NextModernity.

Des études publiées récemment et dont L'Atelier s'est fait l'écho font toutes montre d'un usage de plus en plus important des réseaux sociaux externes par les salariés. Existe t-il un profil type, en France, de sociétés enclines à ne pas en interdire l'accès ?

Bertrand Duperrin : Non, il n'est pas vraiment possible de ranger en catégories distinctes les entreprises autorisant leurs employés à utiliser des réseaux externes. Tout est question de culture d'entreprise. Néanmoins, dans les secteurs soumis à une forte concurrence, les compagnies sont plus enclines à laisser leurs employés utiliser ces réseaux car cela peut se révéler un outil de communication précieux. C'est par exemple le cas d'IBM, où les salariés se positionnent comme les représentants de la marque. Mais il ne faut pas oublier que leur rôle n'est pas non plus d'en être porte-parole.

Voilà pour les réseaux externes. Et qu'en est-il réellement de l'adoption de plates-formes internes ?

En France, l'implantation de réseaux internes tend à se populariser et ce, sans distinction entre les différents secteurs économiques, comme en attestent les exemples de Simply Market, Renault ou encore Cimex. Par contre, les PME et entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont légèrement en retrait par rapport aux plus grandes entreprises, mais cela serait plus certainement lié à la taille de la structure, au manque de temps et de moyens. De manière générale, la France est néanmoins en retard par rapport aux États-Unis.

Pour quelles raisons certaines entreprises y sont encore réfractaires ?

Deux raisons principales sont avancées : la première est évidemment la sécurité (fuite de données, mauvaise image diffusée...), et la seconde est liée à la peur que cela soit un frein à la productivité. En effet, l'utilisation en trop grand nombre de ces réseaux en entreprise peut entraîner une surexploitation et un ralentissement de la bande passante. De plus, même si l'étude de Palo Alto Networks suggère le contraire, certaines entreprises restent méfiantes quant au potentiel distractif et donc contreproductif de l'utilisation par ses salariés des réseaux sociaux internes ou externes. Néanmoins, il est nécessaire de garder à l'esprit qu'un salarié non motivé trouvera toujours un moyen d'être contreproductif, et qu'il existe de véritables aspects positifs à l'implantation de tels réseaux, aussi bien du point de vue de la communication et de la veille que de la politique sociale des entreprises.

Pour revenir sur l'étude de Palo Alto Networks, pensez-vous que le collaboratif et la possibilité d'y accéder améliorent véritablement la motivation des salariés ?

Je suis assez dubitatif sur ce point. Les salariés restent en grande majorité inquiets des répercutions que leurs propos sur les réseaux sociaux peuvent avoir sur leur avenir professionnel, et ne les utilisent donc que très peu. De plus, selon moi, un réseau social est un simple outil qui, à lui seul, ne peut remotiver un salarié qui ne le souhaite pas. Il ne remplace donc pas une véritable politique RH, mais peut, en effet, aller de pair avec celle-ci. Quant à l'aspect collaboratif, je pense que les salariés ne sont pas habitués à effectuer un tel partage des connaissances. En effet, demander de l'aide à ses collaborateurs est perçu comme une faiblesse, comme la possibilité d'être remplaçable. De plus, le temps passé à aider un collègue peut provoquer une réelle perte de productivité. Si l'on veut que cela fonctionne, il faut dans ce cas instaurer des périodes précises de partage.

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale