Le pays mise sur l'innovation, notamment pour diversifier son économie. Une stratégie qui passe par la coopération entre privé et public, et l'investissement dans des start-up.

"En Russie, l'appétence technologique est là"

Entretien avec Stéphanie Morley, chef de pôle Nouvelles Technologies Innovation Services chez Ubifrance Russie, à l'occasion des Rencontres Internationales du Numérique, qui se tiennent jusqu'à aujourd'hui à Paris.

L'Atelier : La Russie fait partie des fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), mais il semble que, contrairement à ses pairs, elle soit encore en quête d'innovation dans le secteur high-tech ?

Stéphanie Morley : C'est vrai que le pays est encore méconnu, et est plein de contrastes. Il comprend 142 millions de consommateurs et est la onzième plus grande économie mondiale. Mais le revenu mensuel moyen est de 750 euros et 20 millions de personnes vivent encore sous le seuil de pauvreté.

Mais le désir technologique est là : le taux de pénétration du mobile est de 155 % avec 220 millions d'abonnements, et on compte 55 millions d'internautes. En fait, jusqu'à présent, l'économie était basée sur les hydrocarbures, composée de gros conglomérats (pétrole, gaz...). Du coup, l'innovation n'était pas vraiment perçue comme un avantage concurrentiel. Cela étant, avec la crise, on a assisté à des bouleversements. Et à une prise de conscience de la nécessité de diversifier l'économie.

Comment est-ce que cela se traduit ?

Eh bien, il y avait déjà eu des initiatives prises par l'Etat en ce sens, comme des technoparcs, mais qui n'ont pas forcément abouti. En effet, beaucoup étaient vus comme des paradis fiscaux plus que comme des incubateurs ! La raison en est simple : il n'y avait pas de lien entre les entreprises et la recherche. Ces derniers temps, les projets se sont multipliés, comme celui de Skolkovo, qui se présente comme la Silicon Valley russe. L'idée est de retenir des projets industriels, et de chercher à les mettre en application via la collaboration entre la recherche et le privé. Des entreprises comme Google, Microsoft, EADS ou Alstom y ont déjà adhéré. Le but est de passer dans une économie de la demande et plus de l'offre, et passer de la recherche fondamentale, sur laquelle la Russie est reconnue, à de la recherche appliquée.

Est-ce qu'il est du coup plus facile d'innover dans le pays ?

Oui. Les moyens et l'infrastructure sont là. Il y a des capitaux risqueurs et des corporations d'Etat comme Rusnano (dédié aux nanotechnologies), qui disposent de fonds importants pour amener à produire sur le sol russe. En effet, le but est de faire venir les compétences et les activités que l'on ne trouve pas encore en Russie. Rusnano, par exemple, a investi 200 millions d'euros dans Crocus Technology pour qu'ils développement leur activité R&D dans le pays. On note aussi un désir de coopération au niveau de la recherche : les laboratoires russes s'ouvrent pour accueillir des projets européens.

Innover en s'ouvrant à l'international, donc. Mais existe t-il déjà un tissu dense de start-up nationales innovantes ?

L'écosystème est en train de se mettre en place, notamment dans les secteurs du commerce électronique, des télécoms, des réseaux sociaux, du social game. Il bénéficie des initiatives de grosses structures comme le portail et moteur de recherche russe Yandex (l'équivalent russe de Google) : celui-ci a lancé un fonds d'investissement pour financer des start-up, dans le marketing web ou l'authentification sur Internet, par exemple. Mail.ru, également, rachète des sociétés, qu'elles soient russes ou pas, dans le jeu mobile et les réseaux sociaux.