Le piratage est un fléau et son principal héraut est le peer to peer, tout le monde en est bien conscient. Alors, les studios de musique, de films ou de jeux vidéo protègent leurs produits contre...

Le piratage est un fléau et son principal héraut est le peer to peer, tout le monde en est bien conscient. Alors, les studios de musique, de films ou de jeux vidéo protègent leurs produits contre la copie, pour éviter que les œuvres qu'ils commercialisent ne se retrouvent dès leur sortie sur tous les réseaux de partage de fichiers.

Théoriquement, on ne saurait leur en vouloir : ils défendent ce qui constitue leur fond de commerce. Et pourtant... Ces dispositifs anti-copie deviennent si contraignants que les consommateurs se voient forcés de recourir au piratage pour accéder aux œuvres qui leur plaisent. Un comble !

"Ramène ton jeu au magasin et file sur eMule" !

L'apparition de la protection Starforce pour les jeux vidéo a provoqué une déferlante de sujets plaintifs sur les forums dédiés à l'informatique :

- "50 euros pour ne pas pouvoir jouer, qui dit mieux ? "
- "Pourquoi je devrais désinstaller mon logiciel de gravure pour jouer à mon jeu, ils sont pas bien ou quoi ? "

Bien souvent, la réponse tombe très vite, sans équivoque et généralement accompagnée d'un smiley sarcastique : "Ramène ton jeu au magasin et file sur eMule". Les nouveaux dispositifs anti-copie se révèlent parfois terriblement efficaces : Starforce, réputé inviolable, en est un bon exemple. Cependant, les failles existent. Et les pirates ne manquent pas de le rappeler à tous ceux qui se plaignent d'avoir légalement acquis un jeu... inutilisable !

Ta musique tu n'écouteras pas !

A trop en faire, les éditeurs prennent le risque de sombrer dans le ridicule, comme en témoigne la sortie du nouvel album du groupe de pop Switchfoot, intitulé Nothing is sound . Stupéfaits, les membres du groupe ont découvert sur les forums de Sony que le dispositif anti-copie (pour la musique, on parle des DRM, digital rights management ) instauré par leur label Sony interdisait à leurs fans de transférer les morceaux de l'album sur les baladeurs numériques de type iPod !

Outré, Tim Foreman, bassiste du groupe, a tenu à présenter les excuses de Switchfoot à ses fans : "Laissez moi vous dire que je suis un musicien ET un fan de musique, je comprends la frustration qui nous a été exprimée. Nous avons été horrifiés lorsque nous avons appris la nouvelle politique anti-copie appliquée sur les CD par de nombreux labels, comme le nôtre, Sony, et nous avons tenté d'empêcher l'application de DRM sur notre disque".

La protection mise en place par Sony paraît d'autant plus inutile que le groupe n'a pas eu grand mal à indiquer à ses fans comment la contourner. Bizarrement, ce sujet de discussion a depuis disparu des forums de Sony . De facétieux utilisateurs du P2P seraient-ils venus narguer les acheteurs réguliers de l'album, eux qui n'ont rencontré aucun problème de ce genre ?

Tes DVD tu ne liras point !

L'affaire avait en son temps défrayé la chronique. Jon Lech Johansen, pirate précoce, avait été poursuivi par la DVD CCA ( DVD Copy Control Association ) et la MPAA ( Motion Picture Association ) pour avoir créé un logiciel permettant de passer outre la protection anti-copie des DVD. Cette affaire lui a valu un sobriquet désormais célèbre dans le monde de l'informatique : DVD Jon.

Il avait finalement été acquitté, au grand dam des studios hollywoodiens. La défense, habilement menée par l'EFF ( Electronic Frontier Foundation ) reposait sur le fait que le jeune homme ne pouvait pas lire ses DVD achetés sur son ordinateur équipé d'un système d'exploitation Linux. Si le programme qu'il a mis au point a ouvert la voie au piratage en masse des DVD, ce point n'est qu'un corollaire !

Certains CD ne peuvent pas être lus sur un autoradio, ou transférés sur un baladeur MP3. Installer un jeu vidéo relève parfois de l'exploit et nécessite l'aide d'un ingénieur informaticien. Quant à l'achat d'un DVD, mieux vaut y réfléchir à deux fois si vous comptez les lire sur un ordinateur Mac ou Linux...

Afin de ne pas compromettre leurs activités, le cinéma, le jeu vidéo et la musique ont tout intérêt à mettre en place des garde-fous contre le piratage. Mais ces protections rédhibitoires servent-elles vraiment leurs intérêts ? Il est parfois permis d'en douter.

Alexandre Laurent, pour l'Atelier

(Atelier groupe BNP Paribas- 30/09/2005)