Ils le détestent, mais ils l'aiment tant. Ils le jugent intrusif, aliénant, mais en même temps le téléphone mobile leur assure une grande liberté. Ces conclusions sont celles d'une étude...

Ils le détestent, mais ils l'aiment tant. Ils le jugent intrusif, aliénant, mais en même temps le téléphone mobile leur assure une grande liberté. Ces conclusions sont celles d'une étude originale, réalisée à la demande de l'Association Française des Opérateurs Mobiles (AFOM) et confiée au Gripic, le groupe de recherche de l'école Celsa.
Réunissant une dizaine de chercheurs de différentes disciplines pendant plus de six mois, l'étude tire son originalité du fait qu'elle analyse les discours et les imaginaires des utilisateurs sur leur téléphone portable, en les comparant avec l'utilisation réelle qu'ils en font. A la lumière des résultats de cette étude, cinq conclusions peuvent être tirées sur la relation entre les utilisateurs français et leur téléphone mobile.
Pour commencer, le téléphone mobile est "le plus personnel des miroirs". Si chacun dispose d'un téléphone fabriqué en série à des milliers d'exemplaires, tout utilisateur a le sentiment que son mobile est unique parce qu'il se l'est approprié et que le téléphone est finalement un prolongement de lui-même.
Ambiance : On note chez certains utilisateurs le goût pour les portables miniatures, que l'on peut ensuite affubler de housses peluche, de portes-clefs et autres décorations qui déminiaturisent les mini téléphones téléphone...
Ce caractère unique tient de la personnalisation, de la manipulation de l'objet en situation d'attente ou de solitude, de sa capacité à contenir tous les contacts personnels, des photographies, des SMS souvenirs, etc. (Quelle proportion d'utilisateurs, par exemple, refuse d'effacer pendant des mois certains SMS-billets doux ? La question est posée...).
Ensuite, le Gripic remarque dans son étude que chaque utilisateur a une opinion, une histoire à raconter sur son téléphones, sur ses usages ou sur ceux des autres. "Le plus souvent, les discours mêlent aspects positifs (liberté et puissance) et négatifs (aliénation et surveillance), opposent la civilité d'aujourd'hui à celle d'hier, traitent de tensions, de conflits et du respect des règles dans la société".
Ambiance : Avant le portable, au moins, on n'était pas dérangés toutes les cinq minutes par ses appels et surtout par ceux des autres... Chouette, ça sonne, je ne suis pas seul(e) au monde, des gens pensent à moi...
Globalement, les comportements observés vont à l'encontre de nombreux discours. Les situations observées dans le cadre de l'étude montrent des comportements intimes, maîtrisés ou autorégulés. Elles ne correspondent pas aux discours, représentations et idées reçues qui font du téléphone mobile un instrument de vitesse, de puissance ou d'aliénation, symbole du progrès, de sa pression et de ses urgences.
Le mobile crée des situations parfois inédites qui sollicitent la capacité de chacun à maîtriser les situations, à se mettre en scène, voire à déjouer la "joignabilité" (filtrage, invention de circonstances rendant difficiles, dangereuses ou impossibles la communication…).
Ambiance : "Je passe dans un tunnel... Je ne capte plus... Allô ? Allô ?... Je n'avais plus de batteries, je n'ai pas pu te rappeler..."!!
Le Gripic note également que l'usage du téléphone mobile se régule mal par la règle et l'interdit. Les règles sont le plus souvent transgressées en fonction de ce que chacun considère comme tolérable dans un train, une bibliothèque, une salle d'attente… "En fait, les pratiques s'autorégulent parce que chacun passe régulièrement du rôle d'acteur qui transgresse à celui d'observateur qui juge et parce que les utilisateurs de mobiles, lorsqu'ils sont spectateurs, forment ainsi des communautés compatissantes.
Ambiance : coups d'œil agressifs au perturbateur, soupirs, mouvements de tête de compassion à l'égard des autres personnes gênées, exclamations poussées dans le vide censées informer le perturbateur de la gêne qu'il occasionne...
(Atelier groupe BNP Paribas - 22/04/2005)