Drones, impression 3D, Big Data : le directeur général d’Easyjet France revient sur la transformation numérique de son entreprise et sa vision de l’avion de demain.

F. Bacchetta, Easyjet : «améliorer la productivité ne signifie pas minorer la qualité»

Entretien réalisé dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique sur BFMBusiness, avec François Bacchetta, directeur général d’Easyjet France.

L'Atelier : Début juin a été l’occasion pour Easyjet d’organiser votre Innovation Day à Milan. L’innovation fait partie de vos préoccupations majeures, aujourd’hui ?

François Bacchetta : Oui, effectivement, mais c’est le cas depuis le début. On va fêter nos 20 ans cette année. Et depuis le départ, en challengers, nous essayons de faire les choses mieux, mais différemment. L’innovation est clairement dans notre ADN. À travers le digital, nous essayons de gagner en productivité, sans amoindrir la qualité. Nous cherchons avant tout la qualité de service. En parallèle d’une meilleure qualité de service, nous menons aussi des expérimentations pour une meilleure sécurité, grâce à l’innovation technologique, et l’utilisation de drones, notamment.

Parlons drones. Vous avez présenté à Milan un projet assez spectaculaire de drones qui officient à l’inspection des avions.

Oui, les drones, très rapidement, nous nous sommes dits que nous allions les utiliser dans le domaine de la maintenance. Il faut savoir qu’un avion passe à l’inspection tous les 90 jours. Or, pour l’inspection, il est immobilisé pendant deux jours. Pendant une journée, un ingénieur inspecte tous les points critiques du moteur mais aussi de la carlingue. Nous souhaitions à la fois améliorer et réduire le temps d’inspection en améliorant sa qualité et aussi la sécurité. Pour ce faire, nous avons eu recours à des drones équipés de nouvelles optiques à réalité augmentée qui permettent de renforcer la qualité de l’inspection.  Ce qui était fait en une journée peut l’être en quelques heures par l’ingénieur. On y gagne une journée.

 

Plus concrètement, ce drone survole les parties sensibles de l’avion et transmet les images?

Oui, il est possible de zoomer et de bien vérifier tous les endroits critiques avec une finesse jamais égalée auparavant. On est capable d’identifier les microfissures efficacement. Un exemple qui démontre qu’améliorer la productivité ne signifie pas minorer la qualité.

Vous avez annoncé avoir recours à l’impression 3D pour certaines pièces de rechange. Pourrait-on imaginer à terme l’impression de pièces dans un objectif de maintenance, voire de réparation ?

Pour l’instant, l’impression 3D nous sert pour les pièces dites « non critiques », par exemple les accoudoirs des sièges. C'est un partenariat que nous avons passé avec Snecma. Primo, nous réduisons notre stock de pièces détachées. La pièce détachée peut être disponible plus rapidement. Il n’est pas nécessaire d’attendre son transport.

Airbus est un de vos partenaires, notamment sur le chantier prédictif grâce au Big Data.

Oui, on est 100 % Airbus chez Easyjet. En vol, les données sont captées et nous sont transmises à temps réels, selon tous les paramètres. Ce qui nous permet de réaliser une maintenance proactive.

Par exemple, parfois –  six cas sur 1 000 vols –  il y a des occurrences de maintenance ce qui peut retarder un vol. Un ingénieur doit intervenir, à l’occasion à l’escale. Grâce à la maintenance proactive, on détecterait la probabilité que telle pièce va devoir être changée. Tout ça, encore une fois, afin d’améliorer la qualité de service : moins de retard, plus de ponctualité et une meilleure sécurité, parce qu’on aura agi avant tout incident. Ce sont des petites choses, mais l’ensemble fait que nous sommes aujourd’hui l’une des compagnies les plus ponctuelles d’Europe et les plus sûres.

Aujourd'hui, toutes les grandes compagnies ont une appli mobile. Certaines s’attaquent désormais aux montres connectées.

Oui, et ce, depuis le lancement de l’Apple Watch. On a notamment développé une appli dédiée avec Apple, pour déclencher des notifications pushs grâce à leurs technologies pour informer les clients de leur vol, de manière personnalisée et à temps réel.

Aux États-Unis, les transporteurs aériens tendent à se battre sur le sujet du Wi-Fi à bord. Air France y songe et mène des expérimentations. Est-ce que demain sur Easyjet, on pourrait avoir du Wi-Fi sur les moyens courriers, par exemple ?

Le moyen courrier ne représente que 2 à 3 % de nos vols, ce qui est peu. Fondamentalement, aujourd'hui, on ne le propose pas. Ca me semble plus relever du long courrier. En revanche, si ça devient standard dans l’industrie, on l’adoptera !

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio