Les échanges entre les acteurs de ce secteur sont souvent naturels et instinctifs, et améliorent la structuration des entreprises qui en découlent. Mais pour cela il faut que les positions de chacun aient été définies de façon naturelle.

Favoriser la collaboration rend les entrepreneurs chercheurs plus efficaces

 

Les entrepreneurs du secteur de la recherche (ex-chercheurs qui mettent leurs connaissances  à profit dans le cadre d'une fondation  d'entreprise) gagnent à coopérer les uns avec les autres. Cette collaboration peut passer à la fois par des interactions réelles (téléphone, rencontres…) comme virtuelles, via les réseaux sociaux. Mais ces échanges, qui sont souvent naturels et instinctifs, peuvent être perturbés par l'intervention d'acteurs externes guidés par une logique plus économique. D'où la nécessité de trouver comment les intégrer au processus de manière harmonieuse. C'est ce qu'affirment Emmanuel Lazegaet Alvaro Pina-Stranger, professeurs à l'université Paris-Dauphine. Les deux chercheurs ont pris comme base d'étude le secteur des biotechnologies français, au sein duquel se démarquent plusieurs groupes d'entreprises interconnectés. Plus la structuration des clusters en question était forte, plus leurs résultats étaient positifs. Un degré de structuration qui s'est révélé être régi par 3 facteurs bien précis.

Une structuration spatiale, financière, et hiérarchique

Le premier est la proximité géographique: plus les entrepreneurs sont proches les uns des autres, plus les contacts entre eux sont nombreux, et plus les informations circulent efficacement. Pour Emmanuel Lazega et Alvaro Pina-Stranger, interrogés par l'Atelier, "cette notion de coopération est essentielle en ce qu'elle facilité grandement la récupération d'informations tacites, qui n'ont pas encore été rendues publiques. Or, ces dernières sont  indispensables aux entrepreneurs pour rester concurrentiels". A noter qu'au sein des groupes d'entrepreneurs s'effectue également une structuration, autour d'un ou plusieurs "leaders d'opinion". Ces derniers sont en fait des entrepreneurs qui tendent à guider le cluster, à lui donner une orientation quant à ses recherches et les décisions à prendre. Enfin, les investisseurs jouent le rôle du dernier facteur structurant: plusieurs entreprises financées par le même fonds seront plus aptes à entrer en contact les unes avec les autres.

L'Etat comme régulateur des relations entrepreneurs/investisseurs ?

Toutefois, s'ils sont généralement facteurs de stabilité, les investisseurs peuvent parfois aussi déstabiliser les groupes engendrés. Certains imposent un mode de fonctionnement aux clusters qu'ils financent, et définissent par eux-mêmes les leaders d'opinion. Or, ces derniers ne peuvent avoir d'influence que lorsqu'ils sont acceptés par les autres entrepreneurs, de façon collégiale. Pour les deux chercheurs, la solution à ce problème doit venir de l'Etat. A leur sens, "les Etats doivent cesser de croire que le secteur peut se réguler par lui-même. L'opposition structurelle entre investisseurs et entrepreneurs ne peut être solutionnée que par l'établissement d'un environnement guidés par les notions de liberté et collégialité". On pourrait penser que la multiplication des plates-formes collaboratives constituerait un moyen de favoriser cette liberté d’interaction. Un point de vue que ne partagent toutefois pas les chercheurs : "les réseaux sociaux ne revêtent pas d’importance prépondérante dans le processus. Ils sont indéniablement utiles, mais au même titre que les échanges réels".