Les utilisateurs considèrent en règle générale les appareils et services high-tech de manière plutôt positive. Toutefois, ils cernent encore mal leurs enjeux. Combler ce fossé de perception passe par un processus d'éducation soutenu

Les Français pas assez au courant des usages du numérique

Les Français n'ont pas encore pris pleinement possession des nouveaux usages numériques. C'est ce que révèle une étude menée par l'institut Inria, dont les résultats étaient dévoilés ce matin, et qui vise à identifier les rapports et la perception vis-à-vis de ces outils par la population. De prime abord, peu nombreuses sont les personnes à manifester de la méfiance ou une attitude de rejet. Ainsi, 64% des personnes interrogées sont plutôt confiantes vis-à-vis des progrès rendus possibles par ce développement. Dans certains domaines, l'impact bénéfique est même certain pour la quasi-totalité d'entre elles (88% dans le cas du secteur de la santé, 79% dans celui de l'éducation...). Mais en réalité, l'on se rend compte très rapidement que ces avis sont biaisés, et que les consommateurs ne sont pas toujours au fait des implications de ces outils.

Une différence générationnelle, à l'origine d'une fracture sociale

Statistique révélatrice: ils sont plus de 50% à croire qu'il ne sera jamais possible de faire communiquer des objets entre eux, alors même qu'Internet ou les téléphones portable font partie de leur vie de tous les jours. Pour Dominique Cardon, sociologue chez Orange Labs, et présent ce matin lors de la restitution, "il s'agit d'un déni de réalité, où les utilisateurs ont peur d'attribuer aux objets des fonctionnalités qui leur donne l'impression de ne plus les contrôler". Ce qui met en évidence une autre tendance soulignée par l'étude, à savoir la fracture numérique engendrée par ces nouveaux outils. Michel Cosnard, PDG d'Inria, et interrogé par L'Atelier, explique ainsi "qu'il existe un fossé de plus en plus grand entre ceux qui sont parvenus à intégrer les nouveaux usages numériques à leur vie de tous les jours, et les autres consommateurs. Ces derniers tendent de plus en plus à s'enfermer dans un sentiment de culpabilisation qui les bride et les empêche d'essayer de combler leur retard". On remarque par ailleurs qu'il s'agit souvent dans le second cas de personnes ayant dépassé la quarantaine, démontrant l'existence d'un fossé générationnel.

L'éducation numérique au centre des préoccupations

Quelles solutions alors? Selon Michel Cosnard, "l'éducation numérique à tous les niveaux est essentielle". Il conseille ainsi aux entreprises de mettre en place des processus d'aide permettant aux salariés experts en la question d'aider les nouveaux arrivants ou les employés peu habitués à ces outils. Il prend ainsi l'exemple de Wikipédia qui "aide ses nouveaux membres à comprendre les subtilités de fonctionnement du site. Plutôt que de chercher à conserver un avantage sur son collègue par rétention d'information, il nécessaire que cette dernière circule librement à travers toute l'entreprise". De même, le rôle de l'Etat est essentiel: "l'éducation numérique doit commencer dès l'apprentissage scolaire, de façon ludique. De cette façon, l'intégration et la compréhension de ces nouveaux outils puisse se faire le plus naturellement du monde"