la blockchain entre au congrès

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En mars dernier, le Congrès américain a remis un rapport soulignant l'utilité que la Blockchain pouvait représenter pour les pouvoirs publics. « Les agences gouvernementales devraient, à tous les niveaux, prendre en considération et examiner les nouveaux usages de cette technologie, qui pourrait rendre le gouvernement plus efficace dans l'accomplissement de ses fonctions », lit-on ainsi dans le rapport. « La Blockchain peut rendre l'économie plus efficace et plus sûre. » Cette base de données transparente, sécurisée et décentralisée offre en effet un excellent moyen de stocker l'information et de garantir la sécurité des transactions entre plusieurs parties. De quoi la rendre très attractive pour les pouvoirs publics, dont l'un des rôles principaux est justement de générer de la confiance entre leurs administrés. Ainsi, si les monnaies virtuelles, et notamment le Bitcoin, sont regardées avec suspicion par les autorités (la Chine a même banni les ICOs, ces levées de fonds en cryptomonnaies), la Blockchain, architecture qui sous-tend ces mêmes cryptomonnaies, mais dont les possibilités vont bien au-delà, suscite au contraire une vague d'enthousiasme.

Ainsi, le gouvernement fédéral américain a mis en place plusieurs projets pilotes, autour de la santé publique, des transports et de l'armée. Plusieurs États américains, dont le Colorado, l'Illinois et le Delaware s'intéressent également à cette technologie. L'Inde étudie l'usage de la Blockchain dans l'éducation, la santé et l'agriculture. Dubaï, de son côté, a mis en place un conseil autour de la Blockchain, chargé d'examiner les possibilités offertes par la technologie dans différents domaines, dont la santé, la propriété, les services municipaux et l'import/export. La Chine, les Pays-Bas, Singapour et le Canada étudient également le potentiel de la Blockchain au service de différentes prérogatives étatiques.

un renouveau des institutions

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Protéger les données individuelles

Selon Franco Amalfi, directeur de l'innovation pour l'Amérique du Nord chez Oracle Public Sector, l'un des usages les plus prometteurs de la Blockchain réside, pour les gouvernements, dans la protection des données. L'État dispose d'un grand nombre d'informations sensibles sur les citoyens, qui sont régulièrement la cible de cyberattaques. En 2015, des hackers ont piraté le United States Office of Personnel Management, agence responsable de la fonction publique du gouvernement fédéral. Ils ont ainsi mis la main sur les empreintes digitales, les numéros de sécurité sociale et l'historique des expériences professionnelles de vingt millions d'Américains.

 La Blockchain a pour double avantage d'être très difficile à hacker et solidement cryptée. Base de données décentralisée, elle ne comprend pas de point central de défaillance. Comme les données sont stockées sur l'ensemble des postes du réseau, il faudrait hacker plus de la moitié des participants exactement au même moment pour menacer l'intégrité de la base de données. De plus, si la Blockchain est publique, elle est également cryptée. Ainsi, les informations privées d'un individu sont illisibles, à moins d’utiliser une clef cryptographique, qu'il est le seul à posséder. Les hackers qui parviendraient à pirater le système se retrouveraient donc avec des données inexploitables. Ces deux caractéristiques font de la Blockchain l'outil idéal pour stocker les données confidentielles des citoyens.

ouvrir les données publiques

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Promouvoir l'ouverture des données publiques

La Blockchain pourrait également servir l'ouverture des données publiques, qui permet à la fois de renforcer la confiance des citoyens dans le gouvernement et de construire un grand nombre d'applications dont nous dépendons de plus en plus au jour le jour. Chaque fois qu'un individu regarde la météo sur la toile ou utilise son GPS, il a recours à des données fournies par le gouvernement. Or, l'ouverture des données n'est pas entièrement acquise : en témoigne une récente initiative de l'administration Trump, qui a supprimé du site de la Maison-Blanche un certain nombre de données concernant notamment le budget du gouvernement ainsi que la composition et les revenus du personnel de la Maison-Blanche, données qui avaient été rendues publiques par l'administration Obama.

Très utile pour la protection des brevets et des droits d'auteur, la Blockchain pourrait aussi permettre aux agences gouvernementales et aux entreprises de publier leurs données.
brian forde

Brian Forde

La Blockchain offrirait un moyen de rendre ces données publiques transparentes et immuables. Une dimension qui pourrait aussi s'appliquer aux données des entreprises, qui ne sont pas non plus toujours exemplaires en la matière, en témoignent les fausses informations publiées par Volkswagen sur les émissions de ces véhicules, ou celles fournies par Uber au gouvernement américain sur ses chauffeurs. « Très utile pour la protection des brevets et des droits d’auteur, la Blockchain pourrait aussi permettre aux agences gouvernementales et aux entreprises de publier leurs données. Le public pourrait ensuite accéder aux fichiers correspondants, et vérifier qu'il s'agit bien du document authentique, signé et horodaté par son créateur », écrit Brian Forde, entrepreneur américain et ancien conseiller de la Maison-Blanche sur les technologies, dans la Harvard Business Review. 

« Et comme l'horodatage et la signature ne suffisent pas à prouver l'authenticité des données, d'autres formes de vérification pourraient être ajoutées, comme la comparaison avec les feuilles d'imposition ou les rapports de la Security and Exchange Commission. Il y aurait ainsi des ramifications légales pour les entités qui manipulent leurs données. De la même manière, les données gouvernementales, concernant par exemple le climat ou le marché du travail, pourraient être comparées avec les informations collectées au niveau local, étatique ou académique, qui ont déjà été horodatées et validées par des institutions crédibles », poursuit-il.

Plusieurs États américains ont déjà enclenché des initiatives dans ce sens. Le Colorado étudie actuellement l'usage de la Blockchain pour la divulgation des données et documents publics. The Illinois Blockchain Initiative vise quant à elle à doter chaque citoyen, dès sa naissance, d'une identité digitale hébergée sur la Blockchain, contenant diverses informations personnelles, dont sa date de naissance et son groupe sanguin. Ces informations ne seront accessibles qu'à condition d'obtenir le consentement du propriétaire.


la blockchain pour prouver l'identité

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Gérer l'identité et les biens des citoyens

65

MILLIONS

de réfugiés dans le monde sans moyen de prouver leurs identités

La Blockchain constituerait également un outil précieux au service du management de l'identité, un épineux problème qui constitue un important frein au développement. « On compte aujourd'hui 65 millions de réfugiés dans le monde, dont la plupart n'ont aucun moyen de prouver leur identité, leurs titres de propriété ou encore leurs diplômes. Cela complique considérablement l'accès à l'économie, qu'il s'agisse d'ouvrir un compte en banque, de demander un prêt ou encore de postuler à un emploi. Avec la Blockchain, toutes ces informations pourraient être mises en ligne et stockées de manière inaltérable », explique ainsi Paul Lamb, consultant indépendant spécialisé dans la Blockchain.

La Blockchain est idéale pour créer des réseaux permettant d'échanger des papiers d'identité de manière sécurisée, et plusieurs initiatives sont actuellement mises en œuvre dans cette optique.
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Michael Mainelli

Le problème va d'ailleurs au-delà des réfugiés : dans de nombreux pays défavorisés, où l'administration ne couvre pas efficacement tout le territoire, une partie de la population n'a aucun moyen de prouver son identité, ce qui l'empêche d’accéder à la propriété, à la sécurité sociale, et même de se déplacer librement. Le nombre de ces individus est estimé à 2,4 milliards de personnes dans le monde. Selon Michael Mainelli, directeur de Z/Yen Group, un laboratoire d'idées économique, la Blockchain pourrait offrir une solution, en facilitant la mise en ligne, le stockage et le partage de documents officiels. « La Blockchain est idéale pour créer des réseaux permettant d'échanger des papiers d'identité de manière sécurisée, et plusieurs initiatives sont actuellement mises en œuvre dans cette optique. Les individus pourraient ainsi stocker, mettre à jour et partager l'accès à leurs données personnelles », écrit-il dans la Harvard Business Review. L'Estonie a mis en place un système d'identité digitale reposant sur une base de données distribuée, qui se rapproche de cette vision idéale.

Une autre opportunité réside dans le management de la propriété. Dans les pays en développement, nombre d'individus ne possèdent aucun titre de propriété pour les terres, maisons et commerces qu'ils possèdent, ce qui les met à la merci d'intérêts puissants et les empêche de faire efficacement fructifier leurs biens en intégrant le marché. Pour l'économiste péruvien Hernando de Soto, l'absence de droits de propriété constitue même le frein principal au développement. Là encore, la Blockchain pourrait offrir une solution, en donnant un moyen sécurisé d'enregistrer ces titres de propriété en ligne et de les marchander. La Suède, la Géorgie et l'Ukraine évaluent ainsi l'usage de cette technologie pour enregistrer les titres de propriété terrienne. Plusieurs régions indiennes étudient également cette piste. La Géorgie est même allée un cran plus loin en autorisant l'usage du Bitcoin dans la cession de titres de propriété, et compte désormais étendre l'usage de la Blockchain aux titres notariés.

la blockchain, le pilier de la smart city de demain ?

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La Blockchain, colonne vertébrale de la Smart City ?

Comme les gouvernements se sont progressivement mis à l'ère numérique avec l'avènement de la toile, à plus long terme, pourquoi ne pas héberger les services publics sur la Blockchain ? C'est l’ambition de Dubaï avec son conseil spécialisé dans la Blockchain, qui regroupe plusieurs géants des nouvelles technologies, dont Microsoft et Cisco. L'émirat veut ainsi permettre à ses citoyens de payer leurs factures, renouveler leur permis de conduire, stocker leurs données médicales ou encore acheter et vendre des biens immobiliers sur la Blockchain. Il s'est également doté de sa propre cryptomonnaie, EmCash, conçue pour permettre aux habitants de payer pour l'accès aux services publics.

Nous voulons faire de Dubaï le premier gouvernement reposant sur la Blockchain d'ici 2020.
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Aisha Bin Bishr

Le gouvernement s'est en outre associé à la jeune pousse britannique ObjectTech pour mettre en place des passeports digitaux et éviter ainsi les contrôles manuels aux aéroports. L'émirat s'est enfin doté d'une plateforme, baptisée Blockchain as a Service, pour permettre aux différentes agences gouvernementales d'utiliser la technologie. Cette stratégie vise à rendre les services publics plus efficaces, à éliminer la paperasse et à lutter contre la corruption et les passe-droits, en rendant l'ensemble des services accordés par les municipalités transparents et consultables par tout le monde sur la Blockchain. « Nous voulons faire de Dubaï le premier gouvernement reposant sur la Blockchain d'ici 2020 », a ainsi affirmé Aisha Bin Bishr, directrice générale de Smart Dubaï, l'initiative smart city de l'émirat.

D'autres ambitionnent d'étendre cette logique au processus démocratique en lui-même. Installée à Boston, la jeune pousse Voatz souhaite ainsi intégrer la Blockchain au processus électoral. Transparente et sécurisée, elle fournit un moyen attractif de lutter contre la fraude et les bourrages d'urnes. La start-up a mis en place différents projets pilotes regroupant 70 000 individus lors de différentes élections. Elle travaille actuellement avec les États de Virginie-Occidentale et du Massachusetts. En mars dernier, le Sierra Leone a de son côté organisé la toute première élection au monde basée sur la Blockchain, afin de lutter contre la fraude électorale. De quoi prouver que cette technologie n'est pas l'apanage des pays les plus riches.

Rédigé par Guillaume Renouard