C’est le projet “Habiter l’infini” du cabinet d’architecture parisien Arkhenspaces qui remporte aujourd’hui le Grand prix “Le Monde” - Smart Cities. A sa tête, Eric Cassar, a imaginé des bâtiments où la sphère intime est réduite au profit d’espaces communs mutualisés, qui épousent la transformation des villes et des usages de ses habitants, en démultipliant les typologies d’habitat, à l’aide et à l’ère du numérique.

Le Grand Prix "Le Monde Smart Cities" : un logement connecté, évolutif et partageable

A l’occasion de la remise des prix européens “Le Monde - Smart Cities”, organisé par le quotidien Le Monde, et dont L’Atelier BNP Paribas est partenaire pour la seconde fois, c’est dans le somptueux hôtel de ville de Lyon qu’ont été récompensés aujourd’hui les solutions innovantes adressant les challenges des "Smart Cities". Pas moins de 105 dossiers sont arrivés dans les mains du jury cette année, et 6 prix ont été remis dans les catégories de l’innovation urbaine, la participation citoyenne, l’habitat, la mobilité, l’énergie, et l’action culturelle. Une variété de catégories qui illustre bien la richesse du champ des possibles lorsque l’on parle des villes intelligentes. En présence du maire de Lyon, Gérard Collomb, le Grand Prix “Le Monde " - Smart Cities”, remis par Louis Treussard, Directeur général de l’Atelier BNP Paribas, est décerné au projet architectural “Habiter l’infini”. A son sujet, Louis Treussard a déclaré “ L’évolution de l’habitat, pour les particuliers comme pour les professionnels, est bien l’un des grands enjeux de la cité de demain. Un habitat intelligent au service d’un collectif intelligent, qui répond de façon durable à l’évolution des usages, attentes et contraintes financières de ses habitants. Un habitat user-centric, ouvert sur la ville, permettant de mutualiser usages particuliers et professionnels, et qui répond à la tendance sociétale d'économie de partage.

habiter l'infini

© Arkhenspaces

Un logement mutualisé et flexible qui rationalise le paramètre temps

Aujourd’hui la révolution par l’usage a envahi bien des espaces, à commencer par l’espace de travail qui s’est flexibilisé (flex office, espaces de coworking) pour coller aussi bien à l’évolution des organisations en entreprise qu’aux nouvelles typologies de travailleurs (indépendants, télétravailleurs, travailleurs nomades). Mais l’espace habitat reste encore un territoire relativement vierge de ce point de vue là. Peut être plus pour longtemps. En remportant le Grand Prix “Le Monde” - Smart Cities aujourd’hui, l’architecte-ingénieur Eric Cassar porte la promesse d’ « habiter l’infini ». Architecte engagé, il questionne et reconsidère l’acte d’habiter, en fonction des différentes typologies d’habitants et selon un modèle social, favorisant l’échange et l’entraide. Il est parti du constat que si les villes se sont beaucoup transformées au cours de l’histoire, la typologie d’habitat, elle, est restée sensiblement la même depuis des siècles. Les T1, T2, T3, T4, et autres résidences étudiantes et seniors constituent la palette restreinte des modèles de logement aujourd’hui. Un gâchis de temps et donc d’espace quand on sait que les gens n’occupent leur appartement que la moitié du temps, puisqu’ils travaillent encore majoritairement en dehors de chez eux, sortent, partent en week-end ou en vacances. Un gâchis de temps et d’espace d’autant plus dommageable à l’aune des projections de l’ONU selon lesquelles 75% de la population mondiale vivra dans les villes en 2050. Parallèlement, les logements urbains sont plus petits et coûtent plus cher. C’est de ce constat, et nourri par 2 ans de recherches consignées dans une étude de 200 pages, co-financée par la Caisse des dépôts et Epamarne, l’établissement public d’aménagement de Marne-la-Vallée, qu’est parti le lauréat. “Pour créer de la valeur, et mieux utiliser l’espace habitable, il faut reconsidérer le temps.”  L’architecte designer a donc cherché à rationaliser ce paramètre “temps” de façon à vivre dans des lieux plus grands et moins chers. Il a imaginé un appartement privé plus réduit où “dormir, cuisiner, manger” et des espaces de vie partagés disponibles à la réservation simultanément ou alternativement (grande cuisine, chambre bureau, chambre d’ami, espaces de travail, salle de projection, salle de sport, toit terrasse, etc.). Un logement flexible, à la demande, qui s’adapte au mode de vie actuel, aux besoins, usages et envies de chaque habitant, tout en favorisant les rencontres et les échanges.

la boussole numérique

© Arkhenspaces

Une application mobile pour réserver les espaces communs et s’échanger des services

Via une application mobile - fraîchement développée par la société I-Porta - baptisée “boussole numérique”, les habitants, selon qu’ils sont célibataires, famille monoparentale, famille recomposée, personne âgée, ou encore étudiant, peuvent réserver un espace de vie spécifique à court ou long terme selon leurs besoins et envies à un instant T.  Un réseau social à l’échelle de l’îlot où chaque habitant peut renseigner, s’il le souhaite, les services qu’il ou elle propose. Garde d’enfants, devoirs, courses, cuisine… “Une grand-mère qui a cuisiné un couscous pourra offrir de le partager avec ceux qui n’ont pas le temps ou l’envie de préparer leur repas”. Grâce à la monnaie locale que l’architecte a imaginé pour le paiement de tous ces services, cette même grand-mère pourra ensuite réserver une chambre par exemple pour accueillir ses petits enfants pour les vacances scolaires, alors qu’elle n’en aurait pas besoin le reste de l’année, ce qui lui permet d’accéder à un service moins cher car rationalisé, qu’elle n’aurait pas pu s’offrir autrement. Cela permet par ailleurs de renforcer le lien intergénérationnel puisque cette même pièce ou cuisine aura été utilisée quelques heures auparavant par un autre habitant. Une E-conciergerie fait office de community manager, qui en plus d’informer sur l’affluence et la disponibilité des lieux de vie mutualisés, met en relation les habitants qui peuvent ainsi s’échanger des services et s’entraider. C’est le service qui va chercher le groupe d’habitants, l’argent entre ainsi dans l’habitat. ”L’habitat n'est alors plus seulement consommateur de services mais devient également producteur de services. Il accroît l'usage des ressources en produisant des charges négatives.” Dès lors, c’est une économie circulaire qui se crée. Et ce modèle de village dans la ville reste ouvert sur celle-ci. Un étudiant qui rentre chez lui le week end par exemple, pourra ouvrir son studio à la réservation d’un autre étudiant ou bien encore un professeur de yoga pourra utiliser un local libre le week-end. Eric Cassar en parle comme “d’un habitat diffus, circonscrit par le numérique en temps réel. Finalement ce nouveau mode d'habitat réduit la routine, multiplie les possibles et donne du temps au temps à l'ère de l'accélération”. Car le fondement de son projet est la question du temps vécu, du temps ressenti, du temps investi. Car dans la danse de l'espace raisonne aussi l'esprit du temps, que la smart city doit écouter. "On dit souvent que l'architecture est l'art de l'espace, et on dit la musique est l'art du temps, mais finalement dans la smart city il va falloir penser les espaces, les mettre en musique pour que nos villes deviennent des opéras fabuleux dans lesquels les citoyens, les citadins, deviennent des spectacteurs et, plus important, des acteurs" conclura Eric Cassar, le Grand Prix de l'innovation en main.

 

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Eric Cassar, dans son cabinet d’architecture Arkhenspaces, rue du Faubourg Poissonnière, Paris (10ème)

 

 

 

 
Rédigé par Oriane Esposito
Responsable éditoriale