La Chambre de Commerce franco-américaine de San Francisco a organisé le 16 novembre à Palo Alto une table ronde réunissant des acteurs majeurs de ce qu’il est convenu maintenant d’appeler dans la...

La Chambre de Commerce franco-américaine de San Francisco a organisé le 16 novembre à Palo Alto une table ronde réunissant des acteurs majeurs de ce qu'il est convenu maintenant d'appeler dans la Silicon Valley « Internet 2.0 ». Objectif : partager avec un public avertis quelques réflexions sur ce que pourraient être les modèles économiques de cette nouvelle version du Net.
Très beau panel : des « poids lourds » du secteur - Yahoo ! et Amazon - des start-up au business model innovant, comme LinkedIn représenté par son cofondateur et président Reid Hoffman, une toute jeune entreprise - le site de shopping féminin Glam.com - et un capital risqueur, Josh Stein, du célèbre fonds Draper, Fisher, Jurvetson.
1- Internet 2.0, de quoi parle-t-on ?
L'expression n'est pas complètement nouvelle... Elle a au moins 6 mois dans la Silicon Valley, et flotte dans l'air depuis l'introduction réussie de Google. Qui a décidément agit ici comme un révélateur de ce phénomène sous-jacent : Internet, ça marche, et ça marche maintenant... Ce n'est pas l'Atelier qui soutiendra le contraire... Le point d'orgue médiatique de cette nouvelle version de l'Internet a été la Web2.0 Conférence , organisée à San Francisco début octobre.
Internet a donc fini d'essuyer les plâtres de sa V1, avec quelques survivants qui sont devenus des géants (les 4 géants de la Valley : Yahoo !, Google, eBay et Amazon). Il entre dans sa deuxième phase, avec un grand nombre de nouveaux arrivants, proposant des services tous plus "cool" les uns que les autres. Skype, Flikr, MySpace, Friendster, LinkedIn, le networking social, les blogs, le podcasting, iTunes... en sont les nouveaux acteurs. Et il a son héro : Google. Grand absent de ce panel organisé par la FACCSF, et dont le nom est pourtant sur toutes les lèvres. Car Internet 2.0 c'est le monde du contenu et du service, rendu possible par le haut débit, et l'extension considérable des points d'accès à Internet. Et celui qui organise et valorise l'accès à ce contenu : c'est Google bien sûr, avec son modèle publicitaire.
Définition encore à la Prévert pour cet Internet 2.0 , aux contours encore flous. A l'image d'un monde à nouveau en pleine ébullition. Reid Hoffman, de LinkedIn, explique que nous sommes au vrai début des usages d'Internet et que tout va à nouveau très vite dans la Silicon Valley. La création d'entreprises a fortement repris. Josh Stein, le capital risqueur de notre panel, renchéri : en 2004 vous n'aviez encore qu'un navigateur, un seul outil pour partager vos photos, très peu d'outils de blogues, un seul moyen d'utiliser la voix sur IP...En un an, le nombre d'outils a été multiplié : vous avez le choix entre Internet Explorer, Opéra, Firefox....Skype s'est répandu, parmi d'autres outils, Flikr a pris son essor, les outils de blogging et de podcasting se sont démocratisés...
Internet 2.0 est un monde dans lequel il y a de plus en plus d'outils disponibles, gratuits, utiles, pour publier toutes sortes de contenus sur Internet. Même discours tenu par Barnaby Dorfman, d'Amazon. Et Eric von Miltenburg, pour Yahoo !, d'ajouter que c'est la qualité du contenu qui va être une des clés de la proposition de valeur...On n'en attendait pas moins d'un site qui se lance avec détermination dans la production de contenu...
La mobilité dans tout cela  ? Pas vraiment un sujet pour Internet mais bien plutôt pour les opérateurs, selon le représentant d'Amazon...Car accéder à Internet va devenir de plus en plus transparent pour les utilisateurs : un ordinateur portable, une connexion WiFi qui se généralise, un blackberry, un iPod qui transporte mon contenu musical, photos et vidéo....Nous ne prêterons bientôt plus attention sur la façon dont nous sommes connectés en fonction du lieu où nus nous trouverons : nous serons simplement connectés !
Les deux nouvelles « killer application » de cet Internet 2.0 : le blogging (et tous les phénomènes associés permettant la publication et la diffusion de contenu), et le networking social, qui fait un malheur dans la Silicon Valley. On retrouve évidemment des sites comme LinkedIn, Friendster, Yelp (voir l'article de l'Atelier à ce sujet), mais aussi MySpace , site destiné aux ados), ou FaceBook , le trombinoscope dédié aux étudiants. Un site comme FaceBook, c'est plus de 250 millions de pages vues par jour selon Reid Hoffman, alors que le site vient de naître...Le tout, « motorisé » et valorisé par les moteurs de recherche.
Mais quel modèle économique pour ces sites ?
2- Des business model encore incertains, qui tournent autour de la gratuité et de la publicité... comme Google... et comme avant la bulle ?
En la matière, les modèles sont clairement ceux de Google et Yahoo ! C'est la publicité qui sera la machine à générer de l'argent de l'Internet 2.0...y compris dans le monde physique. Josh Stein explique à ce propos comment un chauffeur de taxi de Washington DC a réussi avec son site, en étant très bien référencé dans Google et en ayant une pratique d'achat habile de mots clés, a développé son business et a multiplié son chiffre d'affaires. Simplement parce qu'il apparaît en tête de liste des requêtes des voyageurs cherchant un moyen de transport pour planifier leurs voyages dans la capitale fédérale !
Sur l'Internet de contenu cependant, le modèle semble moins évident, et les explications honnêtes de notre panel ont bien montré les zones d'incertitudes qui demeurent. La monétisation de l'audience est la vraie difficulté de ces nouveaux business. Difficultés sur lesquelles Internet 1.0 a achoppé. La publicité, qui sera de plus en plus contextuelle et locale sera sans doute une des clés de cette monétisation. Et si la publicité « de masse » sur Internet est inévitablement amenée à baisser en terme de revenus, la publicité ciblée, associée à la recherche de l'internaute, ne va pas cesser de croître. Et sur ce sujet : c'est encore une fois Google le leader...Tous nos panélistes, Yahoo ! compris, semblent adhérer à ce constat.
Quand au micro paiement , qui pourrait permettre de monétiser l'accès à certains contenus ou services, il est tout simplement balayé par Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn, qui a pourtant été un des exécutive Vice President de PayPal dans une vie intérieure....Selon lui, cela ne marchera tout simplement pas... Sauf peut-être pour PayPal. En effet, si le service est très peu cher : alors autant le rendre gratuitement et le financer par la publicité. D'autant que les coûts de traitement liés à la micro transaction demeurent élevés.
Amazon partage cette opinion, en condamnant les entreprises d'Internet 2.0 faisant payer leur service, à demeurer des petites entreprises. Elles pourront être tout à fait rentables, d'ailleurs, mais seront limitées dans leur développement. Le modèle de Skype sert ici de référence...Evoqué avec d'autant plus de plaisir par Josh Stein que c'est le fonds qu'il représente, Draper-Fisher-Jurvetson, qui en est le plus gros investisseur. Le succès de Skype : c'est la gratuité ! Impossible à combattre. Et si les utilisateurs sont prêts à payer un peu pour des services à valeur ajoutée (comme Skype out ou Skype in), c'est parce qu'ils comprennent bien que ces services ont un coût pour l'entreprise...
Et finalement, c'est encore le concept de Long Tail (ou longue queue), développé fin 2004 par Chris Anderson, rédacteur en chef du très respecté magazine de la Silicon Valley Wired , qui est appelé à la rescousse par Josh Stein. Selon Anderson, analyses brillantes à l'appui, le modèle de cet Internet 2.0 ne réside pas dans un marché de masse (avec ces hit parades), mais dans une multitude de marchés de niche, auxquels Internet permet maintenant d'accéder.
Et Microsoft dans tous cela ? Josh Stein sourit en proposant d'aller jeter un oeil sur Live.com . Il précise que ce n'est pas encore terrible ("it stinks..."), mais que les gens de Microsoft ont encore beaucoup de choses à nous apprendre, et qu'il faut vraiment continuer à compter sur eux. A y regarder de plus prêt, il n'a sans doute pas tort.
On ne sait donc pas encore très bien comment cet Internet va permette de gagner de l'argent. On voit ce qui marche, et ce qui marche bien : Google, Yahoo !, Amazon ou eBay. Et, s'appuyant, utilisant et infusant ces modèles qui marchent, on essaye de bâtir toute une économie de contenus et de services. Tout un écosystème en cours de construction, et toujours en grande partie dans la Silicon Valley, même s'il faut désormais compter sur les géants chinois et indiens. D'autant que les investissements initiaux sont beaucoup moins importants aujourd'hui qu'ils ne l'étaient avant la bulle.
Les stratégies d'acquisition d'audience sont mieux maîtrisées, les technologies plus connues et beaucoup moins chères. Le mot d'ordre est donc : soyez créatif... et gratuit ! Eviterons nous ainsi les erreurs du passé pour bâtir enfin des business model qui marchent ? Chiche !
Dominique Piotet A San Francisco pour l'Atelier
(Atelier groupe BNP Paribas - 02/12/05)
On trouvera ici l'article de Chris Anderson, qui sortira très prochainement un livre sur le sujet : http://www.wired.com/wired/archive/12.10/tail.html