70%

DES HABITANTS

DE LA PLANETE HABITERONT en ville d'ici 2050

Partout dans le monde, les zones urbaines sont en pleine expansion. L'émergence programmée des Smart City va encore accentuer ce phénomène. D'ici à 2050, les démographes prédisent une augmentation sans précédent des populations citadines, avec près de 70% des habitants de la planète vivant dans des villes. Face à ces bouleversements, la ville intelligente de demain pourra toujours s'étendre en hauteur pour échapper à une densification inévitable au niveau du sol. Ménager suffisamment de place pour accueillir de nouvelles populations va devenir un enjeu. En parallèle des Smart Buildings autonomes et connectés, de nouveaux projets poussent dans le sens d'une architecture résolument tournée vers le ciel, avec des bâtiments d'un nouveau genre qui intègrent verticalement tous les services mis à la disposition des habitants d'une ville moderne.

EspIRAL 3500, l'immeuble-ville de Javier lopez Ortiz de salazar

Espiral 3500

Espiral3500

Faire tenir la ville dans un gratte-ciel

La cité radieuse à mARSEILLE

Cité radieuse

Prophétisée par Le Corbusier, la verticalité semble plus que jamais à l'ordre du jour. C'est le principe d'un immeuble-ville en hauteur, regroupant un grand nombre de services entre ses murs, que le célèbre architecte avait appliqué dès les années 60 avec son projet "Cité Radieuse", un ensemble architectural de cinq bâtiments conçus comme des villages verticaux, traversés de rues intérieures, incluants bureau de poste, hôtel, cafeteria, bibliothèque, ainsi que des commerces et dont les toits-terrasses étaient aménagés en espace de vie ou de loisir, pouvant accueillir piscine, auditorium ou école. En s'inspirant du maître suisse, Javier López Ortiz de Salazar, un jeune architecte espagnol de 24 ans, a conçu Espiral 3500, une tour "next-gen" qui sortira de terre d'ici quelques années dans le paysage balnéaire de La Abufera, près de Valence, une zone touristique particulièrement dense en été. Avec ses 193 mètres de haut, sur une base au sol de 75 mètres par 35, Espiral 3500 offrira à ses futurs habitants un écosystème architectural unique en son genre.  

A l'intérieur du bâtiment, Javier Löpez Ortiz de Salazar a en effet inséré, en complément des appartements, une plage artificielle, des parcs publics agrémentés d'arbres et de pelouses, un centre commercial, une piscine, des restaurants et des potagers collaboratifs sur une surface de 1700 m2. Tous ces services sont distribués autour d'une structure en spirale, à laquelle ils viennent s'accrocher pour former des modules, séparés par des rues intérieures qui permettent de délimiter espaces privés réservés aux habitants et espaces publics ouverts à tous. Espiral 3500 produira sa propre énergie grâce à un dispositif de panneaux solaires situés sur le toit et aura une unité de production de nourriture grâce à ses potagers.

"Construire en hauteur permet d’économiser le bien le plus précieux pour une ville : l'espace. "

Javier López Ortiz de Salazar

Ce gratte-ciel-ville est un concentré de tout ce que l'on peut trouver en bas de chez soit. En réunissant au sein d'un même bâtiment un grand nombre de services dévoreurs d'espace, habituellement déployés horizontalement dans la ville, Javier Lopez Ortiz de Salazar a pour ambition de faire respirer les mégapoles de demain avec un modèle de bâtiment verticalement augmenté et autonome, conçu en réaction à une ville en longueur de moins en moins adaptée aux nouvelles contraintes urbaines.

Les immeubles, nouveaux hubs de services ?

City of the future

Shutterstock

Toujours plus haut

ENDLESS VERTICAL

Endless vertical

Et Espiral 3500 n'est pas un projet isolé. A Shoreditch, dans l'est de Londres, le cabinet shangaïen SureArchitecture est également sur la ligne de départ pour mettre en chantier, d'ici quelques années, son projet de gratte-ciel Endless Vertical City. Un bâtiment encore plus ambitieux qu'Espiral 3500, qui étendra vers le ciel ses 55 étages à 300 mètres au dessus du sol. Avec une superficie totale avoisinant les 170 000 mètres carrés, Endless Vertical City pourra accueillir plusieurs milliers d'habitants et pousse encore plus loin le concept développé par Javier Lopez Ortiz de Salazar. Outre ses nombreux appartements, la tour intégrera dans sa structure hélicoïdale un vaste complexe de bureaux, plusieurs écoles, des parcs, des magasins, des auditoriums, des salles de sport... Certaines parties du bâtiment seront aménagées en larges zones dévolues à la culture hydrophonique de légumes et de fruits, mais aussi à la production d'énergie et à la purification de l’eau.

« Ce bâtiment possède toutes les caractéristiques d’une ville. On peut y marcher pendant des heures, y faire ses courses, y habiter, y travailler, y étudier, y être propriétaire ou encore locataire. » 

Kam Fai Tai, directeur de SURE Architecture.

Dans la perspective des bâtiments bas carbone de demain, ces immeubles-villes ont eux aussi dans leur ADN les principes cardinaux d'autonomie énergétique et de fonctionnement éco-responsable, mais ils présentent également un autre avantage. D'après les concepteurs d'Endless Vertical City, ce principe de condensation des services permettra de réduire les déplacements en voiture de nombreux citadins - et donc la pollution qui en découle - en offrant à ceux-ci tout ce dont ils ont besoin directement à portée de main. Si l'optimisation par le haut de l'espace urbain est sur la feuille de route des architectes, la verticalité a également des atouts dans sa manche pour faire sortir de terre des immeubles bas carbone nettement plus performants.  

L'émergence d'un modèle vertical et durable d'urbanisation

durable

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Verticalité durable

Construire toujours plus en hauteur pourra permettre aux immeubles de demain d'atteindre plus facilement leurs objectifs éco-responsables. En étendant vers le ciel la surface des bâtiments, les architectes multiplient d'autant les possibilités pour y distribuer, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, des dispositifs green afin de lutter contre la pollution. A Milan, le cabinet d'architectes Stefano Boeri, très axé sur le développement durable, a conçu un complexe de deux immeubles dotés chacun d'une forêt verticale qui s'étend sur toute la surface de leurs façades.  Baptisées Vertical Forest, ces deux tours résidentielles de 27 étages, mesurant respectivement 76 et 110 mètres de haut sont entièrement recouvertes d'arbres sélectionnés pour leur capacité à absorber efficacement le CO2. Stefano Boeri estime que les tours Vertical Forest peuvent absorber 25 tonnes de CO2 par an à elles deux. Un pas de plus vers une architecture verte permettant de faire baisser le niveau de pollution atmosphérique en ville, grâce à des immeubles disposant d'un système intégré de photosynthèse. Vertical Forest a récemment trouvé une extension en Chine, avec deux projets similaires mais à plus grande échelle, dans les très polluées villes de Shenzhan et de Liuzhou.

"Nous avons créé un modèle vertical de densification de la nature afin de purifier l'environnement sans faire déborder la ville hors de son territoire." 

Stefano Boeri

Les tours Vertical Forest à MILAN

Vertical forest

Stefano Boeri

Cette végétation distribuée tout le long des bâtiments, depuis le sol jusqu'au toit, remet de l’oxygène en circulation dans l'atmosphère et protège ses habitants en les équipant d'un véritable bouclier contre le dioxyde de carbone. En misant sur une disposition vers le haut de sa forêt urbaine, Stefano Boeri augmente les capacités de ses tours à purifier l'air. Un processus de reforestation de la ville, qui pourra être désormais équipée de poumons verts, et dont le déploiement vertical anticipe un étirement des bâtiments de demain. Avec un nombre toujours plus important de gratte-ciels dépassant les 50 étages, que ce soit en Asie, en Amérique ou en Europe, la tendance est nettement à une élévation des constructions. En grimpant toujours plus vers le ciel, le dispositif de photosynthèse urbaine de Stefano Boeri pourra augmenter son efficacité de façon exponentielle grâce à des tours qui seront toujours plus hautes. Si les gratte-ciels du 21ème siècle donnent déjà le vertige et sont même sur le point de toucher les nuages, comme le Burj Khalifa et ses 828 mètres de hauteur à Dubaï où la Jeddah Tower actuellement en construction en Arabie Saoudite qui sera la première tour à atteindre le kilomètre, les bâtiments connectés et éco-responsables de demain n'auront pas pour but de battre des records. Leur construction au sein des Smart Cities sera une réponse à des problématiques à la fois environnementales et démographiques. En poussant vers le haut, les villes intelligentes de demain éviteront de grignoter sur le territoire des zones rurales, préservant ainsi la nature, et ménageront de la place à leurs nombreux nouveaux habitants. Surtout, elles seront encore mieux à même de favoriser l'émergence d'une ville débarrassée de sa pollution, plus fluide et dans laquelle il fera bon vivre à nouveau. Dernier avatar de cette tendance, le projet ultra futuriste de la société américaine Arconic, acteur majeur du bâtiment, qui imagine, dans les cinquante prochaines années, une tour écologique de 4800 mètres de haut équipée de façades capables de dépolluer l'atmosphère. En matière d'architecture, le futur s'écrit de nos jours en regardant vers le ciel. 

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies