Hyperloop n’est pas simplement une révolution des transports, le projet se veut précurseur d’une nouvelle manière de concevoir les entreprises.

Hyperloop pense le modèle d’entreprise de demain

Hyperloop entend révolutionner les transports de longue distance (la fameuse promesse du Los Angeles - San Francisco en 35 minutes contre 5 à 6 heures en voiture, soit un objectif de vitesse de 760 miles par heure). C’est d’ailleurs en raison de cette ambition affichée que le projet futuriste d’Elon Musk, initié en 2013, a pu être la source de débats houleux et continue d’en laisser sceptique plus d’un.

Pourtant, comme le rappelait Dirk Ahlborn, CEO d’Hyperloop à l’occasion de sa keynote donnée au South by West (SXSW) 2016, « nous n’entendons pas seulement transformer la manière dont on transporte des passagers, des véhicules et des marchandises nous voulons aussi changer la manière dont on construit des entreprises ». Comme si faire sortir l’Hyperloop de terre ne constituait pas déjà un défi de taille, les concepteurs du projets s’attaquent donc à une double révolution : repenser le mode de transport de demain ainsi que la création d’entreprises !

Se nourrir des bonnes idées de la foule

« Souvent les entreprises développent des projets derrière des portes fermées, sans échanger avec ceux qui seront leurs prochains utilisateurs. Nous souhaitons bâtir l’Hyperloop d’une manière différente, en nous appuyant sur la force de la communauté », poursuit Dirk Ahlborn. Dans le livret blanc paru en 2013 indiquant tous les détails techniques du projet, on pouvait déjà y lire les propos suivants : « ce document a été initié avec l’intention de créer une nouvelle forme open source de transport à même de révolutionner le voyage. Les auteurs accueillent tout feedback qui sera ensuite incorporé dans les prochaines révisions du projet (...) ».

L'Hyperloop va aussi sous l'eau !

Et nommer Dirk Ahlborn à la tête d’Hyperloop n’était pas le pure fruit du hasard. Il est le fondateur de la la start-up JumpStartFund qui propose une plateforme de crowdsourcing de projets, de leur conception à leur financement. Ainsi tout porteur de projet peut soumettre son idée à la communauté et les membres intéressés pourront alors commenter, proposer leurs services voire y apporter une contribution financière. De l’Hyperloop présenté sur JumpStartFund en 2013 est née plus tard la start-up Hyperloop Transportation Technology (HTT) - filiale de JumpStartFund -  et les débats continuent d’aller bon train sur les deux interfaces. Faudra-t-il un billet pour monter à bord ? Est-ce là la meilleure manière de monétiser le projet ou pourrait-il être rentable autrement ? Pourrait-on imaginer des capsules sans toilettes tant les trajets seront courts ? Voilà le type de questions auxquelles tout intéressé ayant envie de prendre part au projet est invité à commenter. Dirk Ahlborn citait également lors de sa keynote l’habillage extérieur des tuyaux de l’Hyperloop : « D’excellentes idées ont émergé comme celle d’aménager des plantations verticales sur les tuyaux. N’oublions pas que c’est bien grâce au pouvoir de la communauté, que l’Hyperloop sera une réussite ».

Travailler à temps partiel en l’échange d’actions

En plus de se nourrir de toutes les bonnes idées, Hyperloop invite tous les talents à rejoindre son équipe en l’échange d’actions dans la société. Ainsi l’équipe d’Hyperloop compte aujourd’hui parmi ses rangs des ingénieurs de la NASA, de Boeing, d’Airbus ou encore de Yahoo! (qui sur leur temps personnel décide de se consacrer au projet) mais aussi un groupe de 25 étudiants participant à un Graduate Programme de l’Université de Los Angeles (UCLA). Au total ce serait plus de 520 employés dans le monde entier qui ont été recrutés pour travailler à temps partiel au profit d’Hyperloop (un engagement de 10 heures par semaine minimum est requis).

Ainsi, au delà de nous plonger dans un scénario non loin de la science fiction, Hyperloop se démarque par sa vision unique de la construction d’une entreprise. Il démontre à juste titre que pouvoir offrir la possibilité aux citoyens du monde entier de contribuer à créer le transport de demain est probablement la meilleure façon de faire émerger un produit quasi parfait car né des idées des futurs utilisateurs, motivés et compétents dans le domaine. 

Exemple d'interaction ayant eu lieu sur la plateforme JumpStartFund

Exemple d'interaction ayant eu lieu sur la page du projet Hyperloop via la plateforme JumpStartFund

D’ailleurs, concernant l’aspect international, Dirk Ahlborn précisait lors de sa keynote que la Suisse avait par le passé tenté de réaliser un projet similaire à l’Hyperloop à l’échelle du pays. « Le projet a échoué, principalement parce en étant adossé à un seul pays, il devient soumis au calendrier politique, budgétaire et donc à des changements réguliers. L’Hyperloop n’est pas une entreprise, c’est un mouvement ! ». Par ailleurs, Hyperloop souligne un principe de base en matière de gestion des ressources humaines : la passion est clé. Fédérer une communauté de talents passionnés autour du projet, voilà à n’en pas douter un des secrets de l’avancée rapide vers la réussite. « La passion fait la différence, en travaillant avec des gens passionnés vous augmentez votre pouvoir ! », cite Dirk Ahlborn. Enfin, l’intéressement dans la société est vu à la fois comme une manière de maintenir un niveau élevé de motivation parmi les équipes (en particulier quand ils ne travaillent qu’à temps partiel) et comme une manière de transformer ses faiblesses en force pour une jeune structure en manque de ressources.

Retrouvez ici notre Silicon Carnet sur les solutions de mobilité présentes au SXSW

Retrouvez également le crash test de L'Atelier Numérique sur l'Hyperloop, par Antoine Sire

 

Rédigé par Pauline Canteneur