Malgré les nombreux atouts et qualités dont dispose la France en termes d'innovation, la séparation encore trop forte entre les secteurs, entre recherche et développement, freine l'expression de son plein potentiel.

"Il faut arriver à disséminer la culture de l'innovation dans la société"
Interview d'Alain Bentéjac, Co-Président d’Artelia et membre du comité exécutif de la Fédération Internationale de l'Ingénierie à l'occasion de sa venue au Colloque "Initiatives pour une nouvelle croissance" organisé par la Fédération Syntec
 

L'Atelier : Quelle perspective vous voyez pour la structure française de l'innovation ?

Alain Bentéjac : La France est placée dans une situation un peu intermédiaire. Clairement nous ne faisons pas partie des pays les plus innovants, les plus leaders dans la matière, mais on a quand même un potentiel relativement important : nous avons des chercheurs, des ingénieurs de qualité, un environnement plutôt propice et beaucoup d'efforts ont été faits dans ce domaine. La question principale pour la France est d'arriver à assurer une meilleure liaison aujourd'hui entre l'aspect recherche et l'innovation appliquée à l'industrie et à l'économie en général. On a encore en France une part de la recherche publique très importante, à travers de grands organismes, il faut arriver à disséminer cette culture de l'innovation davantage dans la société, dans les entreprises moyennes et petites.
 

La France a beaucoup d'atouts, mais avec 2,2% du PNB affecté à la recherche, elle fait plutôt office de suiveur que de leader. Est-ce un constat réaliste ?

Je pense que la France qui a joué un rôle de leader il y a quelques décennies dans un certain nombre de domaine, aéronautique comme nucléaire par exemple, est à la traîne aujourd'hui, et un certain nombre de grandes innovations ne sont plus faites en France. On a probablement régressé un peu au niveau de notre placement, aussi de par l'apparition de nouveaux acteurs, Japon, Corée... Mais il reste des facteurs clés favorables en France. Tout l'enjeu c'est d'essayer de les dynamiser, les faire jouer en synergie pour progresser.

Est-ce alors un problème de structure, de législation, ou un manque de dynamisme entrepreneurial ?

C'est un ensemble de facteurs comme toujours. Je pense qu'au niveau de l'Etat, il faut créer un environnement propice, avec un environnement fiscal, réglementaire, financier qui soit favorable. Et pour cela; il y a déjà des outils qui sont très utiles, notamment le Crédit Impôt Recherche ou les Instituts Carnot. Mais il faudrait peut-être aller un peu plus loin, renforcer les moyens, faire un effort pour former les chercheurs à la culture entrepreunariale et au business, créer un véritable lien entre recherche et développement. Je crois de même que c'est un problème qu'ont les entreprises dans leurs choix, à traduire cette volonté d'innovation dans leur politique, en s'organisant de manière à ce que l'innovation puisse naître et s'épanouir.
 

Qu'en est-il du développement de l'économie collaborative, est-ce une première étape ?

Je pense que c'est ce qui arrive, et on voit bien que beaucoup d'entreprises nouvelles ont été créées grâce au soutien de grands groupes par essaimage. Je trouve effectivement que c'est un très bon système. Il faut continuer à aller dans ce sens là.
 

Comment peut on faciliter le passage entre l'invention et l'innovation? Entre le pur et le pratique?

Les outils existent déjà, c'est l'idée des pôles de compétitivité. Je pense personnellement cependant que les pôles, en France, gagneraient à être moins nombreux et plus forts. De même, une initiative comme celle des Instituts Carnot est un très bon système : on labellise et on donne un peu d'argent à des centres de recherche qui mettent l'accent sur la collaboration avec l'espace économique. Simplement, 100 60 millions d'euros c'est malheureusement encore trop peu. Je pense aussi qu'il peut y avoir de grands programmes à mettre en place.
Rédigé par Quentin Capelle
Journaliste