Les collaborateurs qui s'expriment sur leur métier ou leur entreprise valorisent l'image de cette dernière. Reste qu'il n'est pas facile de délimiter le rôle de la marque sur cette parole.

 

Entretien avec Carole Sottel, responsable adjointe du recrutement chez BNP Paribas*, et qui est l'une des initiatrices de Backstage, le site d'information sur le recrutement dans l'entreprise, animé par des collaborateurs.

Pourquoi avoir choisi de faire parler de ses métiers par ses employés ?

En fait, on y réfléchissait depuis 2009. A cette époque, notre présence sur les réseaux sociaux n'était pas encore vraiment définie et nous avions le sentiment qu'il pouvait être délicat de s'y lancer sans précautions. Nous avons donc préféré faire venir les réseaux sociaux à nous. Nous savions également qu'avec le web, nous ne pouvions plus avoir un simple discours institutionnel. Il fallait des échanges rapides, avec de vrais métiers qui répondent. Donc du service à visage humain, et qui parfois pallie un manque. En effet, nous parlons recrutement, mais nous faisons aussi découvrir des métiers, et nous faisons de l'orientation.

Est-ce que pour vous, cette prise de parole reconnue ne doit se passer que sur un espace dédié géré par la marque ?

C'est vrai que l'espace est délimité, mais il faut savoir que nous ne modérons pas les experts sur Backstage. Après, il me semble qu'il n'est pas possible de laisser une prise de parole totalement libre sur certains métiers comme le recrutement. Cela peut-être dangereux pour le collaborateur, qui s'expose, et pour la marque. Si le salarié tient des propos qui vont trop loin, cela peut se retourner contre celle-ci. L'entreprise ne peut pas assumer toutes les prises de parole de tous ses collaborateurs.

Après, il n'est pas question d'interdire ! D'ailleurs, de nombreux salariés s'expriment sur la page Facebook de l'entreprise. Nous avons tous envie que nos collaborateurs soient des ambassadeurs. Il s'agit seulement de trouver comment concilier le périmètre de responsabilité de l'entreprise et la prise de parole.

Comment faut-il procéder, alors ?

Il ne faut ni proscrire, ni inciter. Il faut trouver un équilibre.

Chaque personne a le droit de partager son quotidien et son métier, et cela représente un gain d'image pour la marque. Le mieux à faire, c'est d'informer les gens sur ce qui existe et ce qu'ils peuvent faire. Libre à eux ensuite de s'impliquer ou pas.

A votre avis, qu'est-ce qui pousse un salarié à s'exprimer sur sa marque sur les réseaux sociaux ?

Tout simplement l'air du temps. Les individus aiment prendre la parole, donner leur avis. Les réseaux sociaux ont facilité cette possibilité de s'exprimer de manière visible. Ils permettent de montrer son individualité, d'être connu et reconnu.

Avez-vous senti un impact en interne chez les collaborateurs impliqués sur Backstage ?

Oui, tout à fait, et il est positif. C'est indéniablement un levier de motivation interne. L'entreprise montre qu'elle a confiance en eux, qu'elle les met en avant. Les salariés sont fiers de cela.

C'est aussi un levier de management. En effet, une telle prise de parole provoque une reconnaissance qui casse la structure pyramidale de l'entreprise. Chaque personne peut prendre part à l'image de l'entreprise à son niveau.

Et en externe ?

Oui, certainement. Il y a une désaffection de la banque depuis 2008. C'est pourquoi nous avons souhaité montrer qui sont nos collaborateurs et nous positionner en tant que marque accompagnatrice. Cela nous humanise, montre aussi une certaine humilité. Il y a un côté fait main dans Backstage qui montre bien que c'est une initiative authentique et qui est appréciée. Cela permet enfin de dégager une image d'innovation et d'ouverture. Nous avons également proposé d'autres initiatives comme l'application Docteur Job et le guide des métiers interactifs. Car ce qui est important, c'est de ne pas s'arrêter à un seul relai.

*et dont L'Atelier est une filiale.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media