L’explosion des kits de développements hardware pour les objets connectés low-cost donne naissance à une génération de "makers" aussi innovante que la R&D traditionnelle.

Naissent aujourd’hui des kits de développement qui mettent à disposition des petites puces électroniques facilement programmables. Celles-ci, connectées à l’ordinateur ou à internet par bluetooth ont l’avantage d’être très bon marché. Depuis les mini-ordinateurs Arduino jusqu’au langage de programmation simplifiée Scratch sorti du MIT Media Lab, les cibles principales semblent les enfants et les novices. Mais cet esprit Do It Yourself (DIY) a un impact concret sur l’innovation des industries traditionnelles : c’est l’esprit "makers" tel qu’il a été théorisé par le rédacteur en chef de Wired, Chris Anderson. Le DIY incarne en effet un mouvement de "hackers" qui entrent compétition avec le processus de recherche et développement historique. Le postulat théorique est que certaines des grandes inventions furent le fait d’inventeurs indépendants à des époques où les prix d’outils performants étaient suffisamment bas pour être accessibles par tous. Arduino, Scratch et les imprimantes 3D sont donc des outils accessibles qui feront peut-être naître une nouvelle grappe d’innovation non plus issue des laboratoires mais des "hackers" eux-mêmes.

L’ère des kits de programmation low-cost

Parmi ces kits, on retrouve notamment MbientLab qui surfe sur la vague des objets connectés avec les smartphones. L’idée centrale du projet est de laisser ouverte la possibilité de créer une carte mère qui puisse servir comme un prototype pour des wearables sortis de l’imagination des clients – qui se trouvent être, aussi, des "makers". Car bien que les wearables se vendent très chers, la technologie qui permet de tracer les données émises par le corps humain est désormais standardisée. De fait plusieurs capteurs furent ajoutés au kit hardware low-cost, des boutons, des capteurs météorologiques, des RGB LED. Sachant que les éléments, séparément, sont bon marché, les deux fondateurs de MbientLab ont du sélectionner a priori les plus petits dénominateurs communs au kit principal. Ils ont par exemple pensé à intégrer la technologie de l’accéléromètre sur une petite carte mère dont la prise en main est facilitée.

Dans le domaine de l’internet des objets, Joachim Horn a pour sa part débuté le projet SamLabs en 2013 avec d’autres designers du Royal College of Arts de Londres. Ils sont désormais incubés par le Microsoft Ventures Accelerator. L’idée est d’étendre l’IoT au-delà des laboratoires de R&D en facilitant la connexion des objets du quotidien à l’internet par la programmation de puces électroniques. Ainsi, pour connecter facilement tous les objets du quotidien à l’internet, le kit fournit une plateforme pour connecter le hardware au software. Les connecteurs communiquent par Bluetooth et l’utilisateur peut coder les réactions des différents modules entre eux. Par exemple, un connecteur sensible à la lumière pourra communiquer avec des enceintes pour augmenter le volume lorsque l’intensité lumineuse d’une pièce augmente. Sur KickStarter, le kit de programmation qui coûte 45£ s’adresse particulièrement aux enfants puisqu’il permettrait de créer l’équivalent de "LEGO 2.0" qu’ils pourraient animer sans savoir coder. L’intérêt que porte les éditeurs de jeux traditionnels à son invention illustre bien l’impact des "makers" indépendants dans la course à l’innovation.

Les "makers" meilleurs que la R&D ?

De son côté, le projet Tiny Circuits sur KickStarter est une petite carte mère que les "makers" peuvent intégrer à tous leurs objets du quotidien. Des montres aux lunettes en passant par les jeux vidéo, l’idée de TinyScreen est d’insister sur la miniaturisation d’un ordinateur. Doté de tous les composants essentiels d’un ordinateur, du processeur à la mémoire, Tiny Circuits proposent aussi plusieurs dizaines de produits – capteurs, processeurs, moteurs ou encore des LED. Très impliqué dans le mouvement "open source", l’équipe souhaite ouvrir à tous l’utilisation du hardware. Ken Burns, de Tiny Circtuits, rajoute, "des personnes à toutes les échelles d’une organisation peuvent créer des prototypes et tester des concepts et ne sont plus enchaînés à l’ancienne mentalité R&D". Le jeune designer Samuel Matson a par exemple su utiliser à profit un micro-ordinateur de Tiny Circuits pour créer le casque connecté Immersion. Celui-ci récupère les données de stress d’un joueur de jeu vidéo pendant les différentes phases de jeu. Innovation entièrement indépendante, le projet a pu voir le jour sans être relié à un quelconque agenda de développement grâce aux circuits imprimés low-cost.

Ces trois projets sont représentatifs d’une tendance très en vogue. Ils permettent d’accélérer le processus créatifs. La chaîne de décision qui mène de l’idée au prototype est de plus en plus réduite grâce aux kit de programmation hardware qui s’inspire du phénomène "Arduino". En effet, l’institution caritative derrière la carte mère low-cost Arduino avant l’intention de démocratiser l’accès à la programmation pour hardware (avec le langage simplifié Processing). Le domaine éducatif est souvent le premier visé, mais ce sont les ingénieurs professionnels qui bénéficient peut-être le plus de la baisse des coûts de prototypage général – l’autre élément étant l’imprimante 3D. Ken Burns explique finalement que, si les budgets alloués aux grands projets de recherche ne disparaîtront sans doute pas avec l’arrivée des "makers", ceux-ci vont néanmoins avoir un rôle à jouer dans le management de l’innovation et les découvertes elles-mêmes.

Rédigé par Simon Guigue