Si on constate que les réseaux sociaux offrent une fenêtre de discussion pour de nombreux mouvements politiques, ils ne seraient toutefois toujours pas capables d'interpeller des individus qui ne sont pas déjà impliqués politiquement.

L'engagement politique ne naît toujours pas sur les réseaux sociaux

Il y a plus de deux ans maintenant, des chercheurs américains dévoilaient dans une étude que l'engagement politique des individus sur les réseaux sociaux reflétait leur engagement dans la vie réelle et, ainsi, mettait à mal l'idée pour les mouvements politiques puissent véritablement mobiliser les foules par ce biais. Deux ans plus tard, avec le développement des outils de communication liés à la smart city, le Printemps arabe, ou encore cette volonté qu'ont les personnalités politiques à vouloir communiquer directement avec le citoyen et plus particulièrement dans les pays émergents, on s'attendrait à une sensibilisation plus accrue. Or, encore une fois, une étude de deux chercheurs de l'université du Kansas confirme le lien entre comportements en ligne et comportements similaires dans la vie réelle.

Si à l'époque du premier rapport, les chercheurs s'étaient appuyés sur les discussions sur Facebook, Youtube, Twitter et des blogs liées à un projet de loi controversé, cette fois-ci ce sont à la fois des discussions « réelles » ainsi que des discussions d'étudiants sur Facebook à propos d'un de leurs camarades se présentant au conseil municipal qui ont été analysées. Après avoir comparé les discussions et les profils, Patrick Miller, à l'origine de l'étude explique : « nous avons pu constater que les personnes utilisant les réseaux sociaux pour des activités politiques restent tout simplement ceux qui sont déjà actifs dans la vrai vie. »

Pour son co-auteur Peter Bobkowski, le constat est d'ailleurs assez négatif : « Bien que les réseaux sociaux sont par cetains aspects très révolutionnaires, cela montre que leurs utilisateurs y dévoilent leur vrai manière d'être. C'est un dur rappel à la réalité concernant les limites des réseaux sociaux, surtout pour les individus misant particulièrement dessus dans les mouvements politiques ou souhaitant faire passer des messages. »

Toutefois, l'étude a également permis de mettre en lumière le fait que les friend collectors, ou les utilisateurs de réseaux sociaux collectionnant les « amis » seraient les moins à même de partager les informations relatives à leurs opinions politiques alors que les gatekeepers, les individus qui connectent un certain nombre de groupes d'amis, sont les plus à l'aise avec l'idée de discuter de politique avec des personnes n'ayant pas les mêmes opinions. Ils seraient donc les ambassadeurs les plus intéressants pour des mouvements politiques. « La difficulté stratégique d'une campagne via les réseaux sociaux serait donc d'identifier ces gatekeepers – une tâche quasi-impossible » conclut Patrick Miller.

Rédigé par Aurore Geraud
Responsable éditoriale