Améliorer l'implication de ses salariés n'est pas qu'une question de productivité et de performances. C'est également la recherche d'une adhésion à des valeurs et permettre à l'employé de se réaliser.

Interview avec Olivier Maurel, responsable de l'animation de communautés chez Danone Communities.

L'Atelier : Danone a mis en place, à travers Danone Communities, de nombreuses initiatives pour permettre aux salariés de s'impliquer plus au sein de l'entreprise. Pourquoi ce besoin ?

Danone, aujourd'hui, c'est plus de 100 000 collaborateurs. Dans un environnement concurrentiel élevé, mouvant et dynamique, leur créativité est un élément pour se différencier de nos rivaux. Par rapport à d'autres géants de l'agroalimentaire, nous sommes relativement petits, nous avons moins de moyens. Alors, pour rester agiles et pour satisfaire les consommateurs et les actionnaires, il faut être inventif. Surtout, l'engagement des salariés a une force motrice démultiplicatrice, il se propage extrêmement vite.

Concrètement, quels sont les leviers actionnés, les moyens proposés aux salariés pour être plus impliqués ?

Depuis 1971, nous estimons qu'une performance économique passe par une réussite sociale. Une entreprise, ce n'est pas qu'un organigramme et des bilans financiers, c'est avant tout une culture et des valeurs. Ce que nous recherchons, c'est un état d'esprit. Par exemple, 30% de nos salariés en France investissent du temps, des compétences et  leur propre argent (à travers des placements d'épargne) dans des projets de "Social Business" : mini-yaourterie au Bangladesh, création d'un système logistique pour aider des éleveurs laitiers au Sénégal, traitement de l'eau au Cambodge... Cette manière de penser s'applique également aux dirigeants. Leurs bonus sont évidemment liés à leurs résultats économiques mais aussi managériaux et sociétaux : mobilisation des équipes, attention au développement durable.

Voilà pour les initiatives proposées. Mais ceux qui y participent le font-ils parce qu'ils touchent une gratification ?

Au contraire, les études montrent que la rémunération n'est pas vraiment un moteur d'engagement. Payer des gens n'est pas suffisant. Leurs aspirations passent par l'intérêt pour un projet, la perspective de grandir, de rencontrer de nouvelles problématiques, de se réaliser tout simplement. Les salariés veulent être valorisés autrement que par le salaire. Plus de 200 experts nous aident bénévolement, des collaborateurs retraités continuent de travailler avec nous parce qu'ils se sentent concernés par nos missions environnementales ou sociétales. Deux tiers des CVs que nous recevons parlent de développement durable. Cela montre quand même que les gens sont attirés par notre manière de faire, de penser. Avec les crises qui s'enchaînent, nos modèles d'hier ne suffiront pas alors il n'y a pas de raison que nos évaluations managériales restent figées elles-aussi. Nous jugeons des attitudes plus que des performances chiffrées. Neuf mois à former des équipes de vente au Sénégal apporte une richesse particulière à l'employé mais aussi à toute l'entreprise. Cela nous permet d'apprendre à résoudre des défis en commun.