La tendance de l'être humain à se conformer s'étend au-delà de la sphère sociale, aux interactions virtuelles. Le jeu vidéo immersif renforcerait ce comportement.

L'esprit de conformisme fait son nid jusque dans le monde virtuel
La conformité sociale, comme adaptation d'un comportement ou altération d'un jugement pour se calquer sur celui d'un groupe afin d'obtenir son approbation peut-elle être générée par le biais d'une interaction avec un agent non humain, tel qu'un ordinateur ? C'est l'une des questions posées par l'étude* menée par une équipe de chercheurs de l'Université de Witten/Herdecke, en Allemagne. A l'heure où les 8-18 ans passent en moyenne près d'une heure et quart par jour sur leurs consoles vidéos, la question n'est pas superflue.
 
Dans un premier temps, les chercheurs rappellent que la conformité sociale émerge, même en l'absence physique des individus – l'influence pouvant être exercée à la simple évocation mentale des personnes ou par leur présence indirecte via toutes formes de message. Messages qui peuvent prendre une forme virtuelle. Et pour cause, façonnés par la main de l'homme, l'ordinateur et a fortiori le jeu vidéo, peuvent être envisagés comme des intermédiaires entre leur créateur et leur utilisateur. Toute personne usant d'un ordinateur pourrait donc être sujette à un penchant à la conformité sociale. Et les résultats de l'étude ont d'ailleurs confirmé cette hypothèse. Lors des expérimentations, les chercheurs ont remarqué que les participants adaptaient, en effet, leurs jugements en fonction de ceux émis par l'ordinateur même si ceux-ci étaient erronés. Et il suffirait de 7 minutes passées sur un jeu vidéo immersif pour renforcer cette tendance à se conformer, révèle l'étude.
 
Basés sur un jeu de rôle, ces jeux vidéos poussent à l'identification aux personnages incarnés. Or, entre êtres humains, la pression ressentie à se soumettre à un avis conforme devient plus forte dès lors qu'on estime l'individu, en face, être une source pertinente. Le processus d'identification accentue la sensation de proximité avec le personnage et durcit la pression sociale sur le joueur alors plus en proie à se rallier à l'avis du personnage fictif. Au moment où les projets technologiques fusent afin de développer les synergies homme-machine en vue d'une collaboration toujours plus productive, les résultats de cette expérience peuvent interpeller. Les chercheurs invitent d'ailleurs à réfléchir à ce qui caractérise profondément notre humanité et comment la renforcer alors même que ces jeux vidéos immersifs entendent contribuer à l'atténuer. 
 
Rédigé par Pauline Canteneur