L'usage de ces outils a du sens pour donner une idée de sa contribution sociale dans l'entreprise. Mais pour qu'ils soient acceptés, il faut qu'ils restent dans les mains du collaborateur.

"L'évaluation via les réseaux sociaux doit être proposée, pas imposée"

Entretien avec Pierre Milcent, consultant en social business et solutions collaboratives pour IBM.

L'Atelier : Est-ce que les entreprises se montrent ouvertes à ce type d'outils d'évaluation ?

Pierre Milcent : Cela risque d'être parfois délicat. Je connais peu de sociétés déjà prêtes à s'engager sur cette voie. C'est une question de maturité actuelle. J'ai ainsi rencontré des réactions plutôt hostiles en proposant certains de nos outils de monitoring permettant d'obtenir des indices comme l'activité sur les réseaux internes. Les entreprises veulent de la transparence, et ont peur qu'une telle pratique soit contradictoire avec le contrat moral passé avec leurs salariés sur leur vie privée.

Cela parce qu'elles ne l'ont pas encore réellement intégré à leurs processus. Mais si de telles méthodes trouvent leur place de manière transparente dans une société ?

C'est vrai, et la vision RH se dirige vers cela. De même, les compagnies déjà prédisposées aux réseaux sociaux ont de fortes chances de trouver un écho positif du côté de salariés partants pour que l'on évalue l'efficacité de leur présence en ligne.

En fonction du poste occupé, je pense ainsi que l'idée d'intégrer des indices de pondération sociale a du sens, mais il faut annoncer la couleur dès le début. L'usage de tels outils au niveau transverse de l'entreprise n'est pas acceptable. Mais pour certains métiers, c'est définitivement à prendre en compte. Leur utilisation pour obtenir un retour sur ses compétences en termes de contribution sociale, et la possibilité d'en discuter avec son manager, s'annonce comme une piste intéressante. Sur le long terme, il me semble que ces indices devront être proposés, pas imposés. Cela afin qu'ils s'ajoutent à d'autres critères de mesure, sans les remplacer.

Comment l'entreprise devra t-elle alors valoriser l'utilisation d'outils d'évaluation de ses salariés sur les réseaux sociaux ?

Pour moi, cela doit rester dans les mains de l'utilisateur, qui doit pouvoir décider - sauf dans certains postes vraiment spécifiques - s'il veut l'intégrer ou pas. En effet, tout le monde n'est pas égal face aux réseaux sociaux. Si on n'a pas encore aujourd'hui de Ressources Humaines véritablement 2.0, on n'a pas non plus de salariés majoritairement 2.0. Nous sommes encore dans la phase d'adoption initiale des réseaux sociaux en interne.

Il y a de fortes chances que d'ici quelques années, le social fasse partie intégrante de l'entreprise. Mais avant de penser à l'évaluation de l'usage de ces réseaux, et pour que ces derniers ne soient pas un outil parmi d'autres, le plus important est d'initier une véritable culture collaborative de l'entreprise. Sinon, les gens ne seront pas amenés à partager plus. Il sera ensuite possible d'implémenter des outils de mesure. Qui là encore fonctionneront si les individus parviennent à en faire un élément de valorisation de leur participation. Si on tire une plus-value personnelle de ces outils, cela transcende la question de l'évaluation.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media