De nombreux projets en cours d'élaboration vont changer radicalement la donne en matière de transport. Que ce soit sur la route, sur le rail ou dans les airs, les progrès réalisés en matière de propulsion électromagnétique, de technologie spatiale et d'intelligence artificielle dessinent un avenir où, dans quelques années, les temps de trajet seront considérablement réduits, et où la planète deviendra facilement accessible de n'importe quel endroit du globe. On peut voir dans cette nouvelle donne le signe d'une mondialisation qui rapproche les individus comme jamais auparavant en tissant un réseau global de transports ultra-rapides. Le concept de village planétaire prophétisé dès les années 1960 par Marshall McLuhan devient de plus en plus concret. 

Toujours plus rapide

BIENVENUe à L'ère de l'hypervitesse

speed of light

Outre l'Hyperloop, qui se déplacera à 1200 km/h et dont la mise en service est prévue pour 2021, plusieurs projets similaires sont sur le point de propulser le train dans l'ère de l'hypervitesse. Au Japon, le train Maglev – pour Magnetic levitation trains – a battu en 2015 le record de vitesse sur rail en dépassant la barre des 600 km/h sur un trajet en conditions réelles, avec des passagers, et il entrera en service en 2027 pour relier Tokyo à Osaka, en roulant à 500 km/h. Depuis 2016, la Corée du Sud mais aussi la Chine – notamment avec le Transrapid Shangaï et ses 400 km/h de moyenne – ont adopté la technologie Maglev.

Plus fort encore, le train Hyper Chariot, conçu par la start-up du même nom, prévoit de nous faire voyager à 6437 km/h dans quelques années. Pour pouvoir aller aussi vite, Nick et Joanna Garzilli, le couple d'ingénieurs américains à l'origine de ce projet, ont conçu des wagons tractés par des électro-aimants dans un tunnel sous vide, dépourvu d'air pour éviter tout frottement. C'est en définitive ce que propose déjà l'Hyperloop, sauf qu'avec l'Hyper Chariot, la taille fait toute la différence. Au lieu de grosses capsules de vingt tonnes, Nick et Joanna Garzilli ont imaginé de petits véhicules de la taille d'une voiture, pouvant transporter six passagers et pesant à peine 200 kilogrammes, spécialement « designés » pour être fluides et allégés au maximum afin de pouvoir se déplacer beaucoup plus rapidement dans les tubes. Des tubes eux-mêmes optimisés pour être extra fins, et qui ne feront qu'un mètre et demi de diamètre. Si le confort risque d'être spartiate, les performances sont quant à elles époustouflantes. L'Hyper Chariot pourrait relier Paris à Lyon en seulement cinq petites minutes, et Londres à Édimbourg en huit minutes. Il est capable de passer de zéro à 1500 km/h en soixante secondes chrono grâce à ses moteurs linéaires magnétiques ultra-puissants de type « Rollercoaster » et grâce à l'utilisation de supraconducteurs cryogénisés qui créent un phénomène de « lévitation quantique ». Une première batterie de tests débutera en 2021. Mais il faudra attendre 2040, et la construction des premiers tubes, pour pouvoir le tester en vrai. D'après ses concepteurs, le billet Londres-Édimbourg coûtera environ 115 euros.

Le train japonais Maglev 

MAGLEV
DR
"Avec l'Hyper Chariot, nous visons à apporter sur Terre une expérience proche de celle du voyage spatial, en reliant les villes à une vitesse qui était inimaginable avant 
NICK GARZILLI

Nick GARZILLI

Mais il n'y a pas que sur rail qu'il sera possible de se déplacer bientôt à très grande vitesse. Fondée par Borgan BamBrogan, l'ancien chef de projet de l'Hyperloop, la start-up américaine Arrivo promet quant à elle de nous faire rouler sur autoroute à la vitesse d'une Formule 1, et ce dès 2020. Calquée sur la technologie du train à très grande vitesse d'Elon Musk, Arrivo fonctionne grâce à des wagonnets tractés en lévitation par des électro-aimants et sur lesquels les voitures viennent s'arrimer. C'est la déclinaison automobile des trains à sustentation magnétique, sauf qu'il n'y a cette fois-ci pas besoin de construire de tunnels, simplement d'équiper le bord des autoroutes de bornes magnétiques.

« Personnellement, je pense que l'âge des engrenages et des graisses est terminé. Nous nous dirigeons vers l'âge de l'électromagnétisme qui apportera des innovations majeures et positives à la façon dont nous vivons et travaillons dans ce monde », confesse Borgan BamBrogan, fondateur & CEO d'Arrivo.

Piloté par une intelligence artificielle, le wagonnet pourra atteindre 320 km/h en vitesse de pointe et en toute sécurité, en fluidifiant le trafic grâce à la conduite autonome. Un test sera réalisé à Denver, première ville partenaire du projet, en 2019. Arrivo prévoit de pouvoir relier l'aéroport au centre-ville en neuf minutes seulement, alors qu'il faut compter presque une heure actuellement.

Les wagonnets à lévitation magnétique 

ARRIVO

The Arrival Company

Voyage hypersonique dans les airs

Dans le secteur de la mobilité aérienne, plusieurs projets font eux aussi bouger les lignes. Ainsi, la start-up américaine Boom Technology compte prendre la succession du Concorde, quatorze ans après son dernier vol commercial, avec un avion de ligne baptisé Boom Supersonic, encore plus rapide que son prédécesseur, qui pourra voler à 2335 km/h en transportant 55 passagers. Un premier prototype sera testé au-dessus de Denver fin 2018. Blake Scholl, le fondateur de Boom Technology, a annoncé que son avion pourrait relier, dès 2023, Paris à New York en seulement 3h30, au lieu de sept heures avec un Boeing ou un Airbus. Pour lui, « grâce à la mondialisation et à Internet, les gens sont en relation les uns avec les autres partout dans le monde. Il est donc logique qu'ils aient besoin aujourd'hui d'un moyen plus rapide d'accéder à la planète entière. »

L'avion Boom Supersonic 

boom
Boom Technology 
"Si nous construisons une navette capable d'aller sur Mars, pourquoi ne pas la prendre pour nous rendre quelque part sur Terre ? Nous travaillons sur cette question et les résultats sont très prometteurs
elon musk

Elon Musk

Pour réussir à voler aussi vite, l'avion sera construit avec des matériaux composites plus résistants à la chaleur – le frottement de l'air sur la carlingue étant le principal problème de l'hypervitesse dans les airs – mais également plus légers pour augmenter la poussée des moteurs. Boom Supersonic pourra en l'occurrence s'appuyer sur deux turboréacteurs à postcombustion General Electric J85, ceux-là même qui équipent les chasseurs F-5 Freedom Fighter, pour battre des records. Et pour prendre son envol dans cinq ans, Blacke Scholl peut compter sur un carnet de commande qui comptabilise déjà 76 appareils réservés par cinq compagnies aériennes. Par ailleurs, Boeing et Lockheed Corporation travaillent chacun de leur côté sur une nouvelle génération d'avions de chasse pouvant voler à Mach 5, c'est-à-dire au delà de 6000 km/h, avec des progrès importants sur la motorisation et l'aérodynamisme qui pourront profiter à l'aviation civile. « La technologie hypersonique nous donne les moyens de construire dans les années qui viennent un avion de ligne volant à Mach 5 », témoigne Kevin Bowcutt, directeur des vols Hypersonique de Boeing.

Mais c'est grâce à la conquête spatiale que les plus grands progrès sont à prévoir. En marge du projet SpaceX, Elon Musk souhaite en effet déployer des vols commerciaux passant par l'espace pour relier différents points de la Terre. Grâce à la fusée BFR (Big Falcon Rocket), se déplaçant à 11 000 km/h au dessus de la terre, il sera alors possible de relier Paris à New-York en seulement trente minutes. Un voyage à bord de ce lanceur next generation, entièrement réutilisable, ne coûtera pas plus cher qu'un trajet en classe économique. Sa mise en service est prévue pour 2022.

L'HYPERvitesse s'INVITERAIT-ELLE EN VILLE ?

rollercoaster
Shutterstock

La Smart city à grande vitesse

Au milieu de toutes ces innovations, la propulsion à grande vitesse dans la ville intelligente de demain n'a pas été oubliée. Le designer indien Prathyush Devadas a imaginé un métro à propulsion électromagnétique, baptisé Tvillingar, qui pourra se déplacer à 400 km/h dans les Smart Cities. Avançant en silence, sans vibrations, en faisant léviter sa double rame sur des piliers magnétiques qui forment un rail géant, ce métro révolutionnaire pourra assurer des trajets du Nord au Sud ou d'Est en Ouest dans la ville, et également desservir la banlieue en devenant le moyen de locomotion urbaine le plus rapide qui soit. Aller d'un bout à l'autre d'une capitale ne prendra alors plus que quelques minutes. 

En réduisant les distances qui séparent les villes, les pays et les continents, c'est une redéfinition complète de la carte du monde qui s'amorce. Il sera possible dès la prochaine décennie de connecter physiquement entre elles les Smart Cities, en réduisant le temps nécessaire pour se rendre de l'une à l'autre grâce à un réseau dynamique de transport ultra-rapide à l'échelle de la planète. Cette généralisation de l'hypervitesse, couplée au très haut débit d'internet, va accélérer comme jamais dans l'histoire les échanges entre les hommes, et la capacité qu'ils ont à collaborer entre eux. Un nouveau chapitre de l'histoire du progrès est sur le point de s'ouvrir. 

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies