1,4

Milliard

de dollars investis dans les start-up de l'immobilier au premier semestre 2017

En dépit de son dynamisme, le marché immobilier est souvent taxé d'immobilisme, car peu perméable à l'innovation. Si cette idée avait du vrai il y a encore quelques années, elle est aujourd'hui démentie par l'émergence de la « proptech », mot-valise formé à partir des termes « propriété » et « technologie ». Portée par un grand nombre de jeunes pousses dynamiques, mais aussi par des acteurs traditionnels soucieux de rester dans le coup, cette tendance consiste à mobiliser les nouvelles technologies au service de l'achat et de la location de biens immobiliers. Selon CB Insights, spécialisée dans la prédiction des futures tendances technologiques, 1,46 milliard de dollars ont été investis dans les start-up de l'immobilier en phase de développement au premier semestre 2017. Ce chiffre représente un accroissement de 25% par rapport à celui de l'année précédente. Les occurrences du terme « proptech » dans la barre de recherche Google ont également explosé depuis l'an dernier.

Les États-Unis offrent à l'heure actuelle l'écosystème le plus dynamique, mais l'Europe n'est pas en reste : des pays comme la France et le Royaume-Uni comptent ainsi un grand nombre de start-up innovantes. Toutefois, ce secteur en plein boom recoupe plusieurs réalités différentes. « Tout comme le terme Fintech désigne la vague d'entreprises financières qui utilisent la technologie pour promouvoir leurs activités, la proptech désigne l'intersection de l'immobilier et de la technologie. Cela englobe des entreprises aussi diverses que l'industrie immobilière elle-même, de la location à la propriété, en passant par le coworking et l'investissement. Partout où la technologie transforme la manière dont les biens immobiliers sont habités, gérés et échangés, en somme », écrit Charles Clinton, CEO de l'entreprise EquityMultiple, spécialisée dans l'investissement immobilier. Tâchons donc d'y voir un peu plus clair.

le marché des proptech se porte bien

proptech

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La technologie au service de la désintermédiation

Une première grande tendance, au sein de la proptech, consiste à simplifier et/ou optimiser le processus d'achat et de location. Au sein de cette première dynamique, citons d'abord les entreprises qui proposent de désintermédier le marché, d'accroître l'efficacité en permettant une communication plus directe entre les diverses parties prenantes. Cette tendance compte aujourd'hui un nombre d'acteurs foisonnant. Lancée à Londres en 2007, la start-up Zoopla, qui fait figure de dinosaure sur ce jeune marché, permet à ses clients désirant acquérir ou louer un bien immobilier d'effectuer directement leurs recherches en ligne, sans passer par un agent. Elle procure également conseils et statistiques à ses utilisateurs pour leur permettre de trouver le bien leur correspondant le mieux, en fonction de leur profil. La startup Zillow, installée à Seattle, occupe également ce créneau. En France, Lokora accompagne les individus désirant quitter leur location dans la recherche d'un nouveau locataire susceptible de leur succéder. Les individus perçoivent une rémunération en échange de ce service rendu à leur propriétaire, qui de leur côté paie moins cher qu'en passant par une agence.

optimiser la vente des biens

prop

L'entreprise britannique No Agent, de son côté, cible les propriétaires. Comme son nom l'indique, elle leur permet d'assurer la promotion et la location de leurs différents biens immobiliers sans recourir aux services d'un agent. La start-up accompagne ainsi le propriétaire durant les différentes étapes de la location. Elle l'aide à rédiger une annonce pour son bien et s’assure que celle-ci figure en bonne place sur les sites de recherche d'appartement ; présélectionne les candidats potentiels en fonction de critères choisis par le propriétaire (couple ou individu seul, avec ou sans enfants, etc.), planifie les visites sur des plages horaires convenant à celui-ci, vérifie que le locataire potentiel possède les capacités financières suffisantes, prépare le contrat de location ; et assure la maintenance de la propriété et la collecte du loyer. En France, la jeune pousse MyNotary fait de même pour la vente de biens immobiliers. La plateforme réunit en outre l'ensemble des parties prenantes d'une transaction immobilière (acheteur, vendeur, notaire, banquier, assureur…) et facilite ainsi leur mise en contact.

Cet impératif de simplification touche tous les domaines et tous les acteurs. SmartZip simplifie le travail des agents immobiliers : à l'aide du traitement des masses de données, l'entreprise les aide à identifier les propriétaires les plus susceptibles de vendre dans leur secteur. LeasePilot facilite la création de baux commerciaux, à l'aide d'une plateforme permettant à chaque client de générer le document adapté à ses besoins, dans la langue de son choix. Permettez-moi de construire œuvre quant à elle plus en amont, simplifiant les démarches administratives nécessaires pour se lancer dans un projet de construction. Constitution d'un dossier, obtention du permis, négociations éventuelles avec les pouvoirs publics : la jeune pousse s'occupe de tout.

Visualiser son intérieur grâce à la VR

habiteo
Habiteo

Visites en réalité virtuelle

Mais faciliter l'achat et la location grâce aux nouvelles technologies ne se résume pas à automatiser et désintermédier. De nombreux acteurs mettent ainsi en place de nouvelles expériences grâce aux ressources de la révolution digitale. Une piste particulièrement foisonnante réside dans la possibilité d'effectuer des visites à distance à l'aide de la réalité virtuelle et augmentée. La plateforme britannique Eyespy360 réalise ainsi des photographies panoramiques des biens immobiliers, pour proposer ensuite aux locataires ou acheteurs potentiels de faire le tour du propriétaire en enfilant un casque de réalité virtuelle, pour une expérience entièrement immersive, ou simplement depuis leur mobile ou leur ordinateur.

La start-up française Habiteo propose un service similaire. En outre, grâce à la dématérialisation des documents, elle permet au client de réserver immédiatement son bien en ligne en recourant à la signature électronique. L'entreprise californienne Matterport est également l'un des leaders sur le marché de la visite virtuelle. La jeune pousse française Solen mesure quant à elle le niveau d'ensoleillement d'un bien immobilier tout au long de l'année, et décerne ensuite des certificats de luminosité aux appartements bénéficiant d'une bonne exposition.

le partage, un nouveau mode de vie ?

coliving

Medium

Du coworking au coliving

de nouveaux immeubles en commun

share

Voilà pour l'optimisation des processus d'achat et de location. Mais la proptech n'a pas pour seul objectif de simplifier la vie des différents acteurs de l'immobilier. Elle vise aussi à repenser le lien entre l'individu et l'habitat, à promouvoir une approche citoyenne de l'immobilier dans une optique Smart City. Cela passe d'abord par l'adaptation aux nouvelles tendances qui fleurissent au sein de la population, en tête desquelles le coworking. Des start-up comme Hubble, WeWork ou encore Galvanize ont ainsi construit leur succès en surfant sur cette vague, due notamment à la montée du télétravail et à la hausse constante de la part des indépendants dans la population active. Aux États-Unis, on estime que la moitié de la population active sera indépendante d'ici 2027. En France, les indépendants représentent aujourd'hui 30% de la population active. Cette tendance touche particulièrement les millennials, qui aux États-Unis travaillent déjà à près de 50% en tant qu'indépendants. Ces start-up, spécialisées dans le déploiement d'espaces de travail collaboratifs en milieu urbain, ont ainsi construit leur succès en s'adressant à un jeune public. Ces espaces sont aussi de puissants outils au service de la Smart City. En offrant des espaces collectifs pour les jeunes entrepreneurs, ils favorisent l'émulation, la création de projets communs, et offrent un vivier de talents aux pouvoirs publics souhaitant mettre l'innovation au service du bien collectif. Il n'est pas rare que des hackathons soient ainsi organisés dans ces espaces pour mettre la technologie au service de la municipalité.

Si les millennials plébiscitent les espaces de travail collaboratifs, ils sont également plus friands de lieux de vie collectifs que leurs aînés. Face à la montée des loyers en centre-ville, nombreux sont ceux qui vivent en colocation passée la fin de leurs années étudiantes. Outre les colocations traditionnelles, certains se tournent vers le coliving, lieu de vie hybride à mi-chemin entre l'hôtel, la résidence étudiante et la colocation traditionnelle. En général, ces espaces se composent de chambres individuelles entièrement meublées et d'espaces de vie collectifs, comprenant cuisine, salon, et, pour les plus hauts de gamme, piscines, salles de fitness et autres équipement sportifs.

Rédigé par Guillaume Renouard