L’américain Sky Station se prépare à envoyer à 21 km d’altitude de gros ballons, plus grands que des terrains de foot, au-dessus des 250 plus grandes villes de la Terre. Pour des coûts annoncés comm...

L’américain Sky Station se prépare à envoyer à 21 km d’altitude de gros ballons, plus grands que des terrains de foot, au-dessus des 250 plus grandes villes de la Terre. Pour des coûts annoncés comme très inférieurs à ceux des satellites, ceux-ci relaieront toutes sortes de services mobiles (téléphone, Internet sans fil, télévision interactive). Le premier envol est programmé pour 2001. En dépit des apparences, il s’agit d’une affaire très sérieuse. A l’étude depuis plus de deux ans, le projet est entré dans une préphase industrielle en avril dernier avec la formation d’un consortium international comprenant les français Aerospatiale et Thomson-CSF, l’allemand Daimler, l’italien Alenia et de nombreux américains. Le tout est coordonné par le Jet Propulsion Laboratory de la Nasa. La participation au projet de ces grands groupes s’est faite très discrètement, les industriels concernés travaillant presque tous pour des projets de constellations de satellites dont Sky Station est directement concurrent. Pour l’observation et les télécoms, les militaires s’intéressent de très près à ces ballons “ancrés” dans la stratosphère. Après que la FCC américaine ait reconnu fin juillet “les plates-formes stratosphériques” (les ballons) comme des stations de télécoms à part entière en leur ouvrant ainsi l’usage de certaines bandes de fréquences , Sky Station a franchi une étape importante. Sky Station va encore devoir convaincre les autorités que l’on ne risque pas de recevoir sur la tête, en cas de pépin, un de ces dirigeables gonflés à l’hélium, avec en plus sa nacelle bourrée de plus d’une tonne d’électronique avant de procéder à son grand lâcher de ballons (au rythme d’un par semaine). Assurant avoir tout prévu, Sky Station discute les derniers détails avec la Federal Aviation Administration américaine. Le ballon stratosphérique s’annonce sur le papier comme un très sérieux adversaire du satellite. En effet, pas besoin de fusée pour “l’accrocher” dans le ciel, il suffit de le laisser monter. En cas de panne, il suffit de le faire redescendre tout simplement pour réparer. De plus, perché beaucoup moins haut que les satellites, les puissances d’émission-réception sont réduites, les terminaux sont plus petits, les délais de transmission imperceptibles. Séduits par l’idée, les Japonais ont décidé de la copier et ont à leur tour lancé le projet Skynet, identique à Sky Station, à la différence près que les ballons seront presque deux fois plus grands. La fabrication et le lancement d’un ballon sont estimés à près de 40 millions de dollars, soit le dixième du prix d’un gros satellite. 800 millions de dollars seront dépensés par Sky Station pour la phase de développement et la fabrication des cinq premiers ballons. Le coût total du projet s’élève à 2,5 milliards de dollars, soit à peine plus du quart du budget prévu pour Teledesic “l’Internet du ciel” préparé par Bill Gates pour 2002 et qui nécessitera près de 300 satellites. Par ailleurs, le prix d’une communication à 2 millions de bits/seconde permettant la consultation confortable d’Internet devrait être “de quelques cents par minute”. En comparaison, le réseau Iridium annonce, pour sa part, des tarifs compris entre 1 et 8 dollars la minute pour de la simple téléphonie. Seul grand avantage, il arrive le premier puisque son service doit s’ouvrir dès le 23 septembre. (Libération 21/08/1998)