Les initiatives pour faire connaître les startups françaises à l’étranger se multiplient: L’Axis Paris, Le Founder.org ou plus notablement la French Tech. A l’occasion de l’événement StartUp Assembly qui se tenait la semaine dernière, Clément Delangue, startuper français installé à New York revient sur les enjeux de déploiement à l’étranger

"L’ouverture et le développement d’un bureau à l’étranger est un processus d’apprentissage long et non-linéaire"

Entretien avec Clément Delangue, directeur marketing de la startup Mention. Deux ans après sa création, l'entreprise, leader dans la veille médias, compte aujourd'hui 15 employés répartis entre Paris et New York.

Décider d'avoir une présence internationale dès le début n'est-ce pas trop prématuré pour une startup?

Tout dépend de la présence dont on parle. Avoir des employés distribués sur plusieurs zones géographiques est une difficulté pour une startup qui débute, qui n’est cependant pas insurmontable, en fonction des conditions, comme le montre par exemple Buffer. Avoir une équipe située dans un pays, mais se donner les moyens de toucher des utilisateurs dans le monde entier - par exemple en ayant une version en anglais - est non seulement possible mais souhaitable pour élargir au maximum le champ des opportunités dans un monde globalisé, particulièrement sur le web.

Quel est l'intérêt pour une startup d'avoir une équipe sur deux continents ?

Il y a certains avantages évidents comme la capacité à être disponible sur un spectre de temps plus large grâce au décalage horaire, ainsi que la capacité d’avoir une présence physique, que ce soit pour rencontrer des clients, partenaires ou assister à des évènements. D’une manière plus structurelle, cela permet d’imposer une rigueur d’organisation, et donc d’avancer plus sereinement vers une croissance maîtrisée.

Mais n'est-ce pas un centre de coûts trop important pour une entreprise qui débute?

Avec l’avènement des espaces de co-working comme WeWork, de plateformes de recrutement comme Workable ou AngelList, il est aujourd’hui possible de rester très flexible sur les coûts afin de coller aux problématiques d’une startup early stage.

​​A quel moment de votre croissance avez-vous fait ce choix ?

Depuis le premier jour, mention a eu un positionnement fort à l’international. Nous avons décidé d’embaucher notre premier employé à New York en mars dernier lorsque nous étions suffisamment structurés. Nous avions alors dix employés, un revenu en croissance régulier et une équipe en place dans chacun des domaines clefs d’une organisation: le produit, la technologie, le marketing et les ventes.

​New York est un choix audacieux. Pourquoi avoir choisi cette ville ?​ ​ ​

C’était pour nous le choix le plus évident. La proximité avec Paris, tant en décalage horaire qu’en temps de transports permet une collaboration forte entre les bureaux parisiens et new-yorkais. De plus, l’écosystème médias ainsi que la scène startup en croissance favorisent notre ancrage américain. De nombreux exemples comme Sketchfab ou Dashlane, qui vient de réaliser une très belle levée, prouvent qu’il est possible de réussir avec cette configuration.

Est-ce essentiellement des expatriés au bureau de NY ou plutôt des « locaux » ?

Ce ne sont pour l’instant que des locaux avec des mouvements réguliers d’expatriés du bureau parisien pour favoriser les interactions. Sur ce sujet, nous continuons d’apprendre sur la meilleure des configurations.

Quelles sont les challenges à gérer au quotidien ?

Au delà des problématiques logistiques (décalage horaire, communication,...) qui peuvent être résolus avec des mesures simples, je pense que la construction de la culture d’entreprise et du sentiment d’appartenance sont les problématiques majeures, notamment en cas de décalage important entre la taille de l’équipe à Paris et à New York. Mais cela a comme avantage de rendre concrets des sujets qui sont parfois éludés par les startups, par manque de temps.

Quelle est la prochaine étape ?

Comme pour la composition d’équipes, l’ouverture et le développement d’un bureau à l’étranger est un processus d’apprentissage long et non-linéaire. Notre priorité est donc de continuer à expérimenter avec notre bureau new-yorkais pour confirmer la validité de notre stratégie avant de réfléchir à son extension à d’autres zones géographiques.

Rédigé par Kenza ADEÏDA
Journaliste