Les outils comme l'iPad auront un véritable intérêt pour l'entreprise si les managers prennent en compte les différents usages des salariés et adaptent leur politique de management.

"L'usage de la tablette en entreprise est une problématique managériale"

Entretien avec Julie Rieg, sociologue et directrice du développement et des études chez Chronos, présente au salon Tablet in Enterprise le 31 mars à Paris.

L'Atelier : La tablette, comme outils d'optimisation de son travail ?

Julie Rieg : Oui, car le nomadisme professionnel est croissant et peut prendre plusieurs formes. Il y a les agents régulièrement en déplacement, d’autres tout le temps comme les commerciaux, ceux qui se déplacent pour aller au bureau etc. Dans chaque cas, le numérique peut apporter des réponses à l’entreprise. Par exemple chez Google dans la Silicon Valley, les employés ont une heure de transport et c’est un bus qui vient les chercher chez eux. Ce dernier est équipé de wifi et les voyageurs  peuvent dès lors travailler, et leurs heures sont comptées. En France, l’entreprise commence à équiper ses cadres en tablette en restreignant parfois les usages privés.

En quoi la tablette en entreprise questionne le management ?

Les sociétés doivent réinterroger leur système de management, bien qu’on ne puisse pas passer du jour au lendemain d’un management vertical à un management horizontal. La tablette est aussi un outil pour le manager qui peut choisir d’équiper uniformément ses équipes ou adopter une politique BOYD [Bring your own product, ndlr]. Dans ce cas, les salariés ont un budget pour pouvoir s’équiper du matériel de leur choix.

L’interopérabilité des données est-elle un frein au développement de ces politiques ?

Cela pose des problèmes informatiques mais en réalité les réponses techniques sont plus vite apportées que les réponses managériales. Il faut pouvoir trouver un juste équilibre dans le mélange de données personnelles et de celle de l’entreprise afin de voir comment la tablette peut répondre à des besoins hybrides. La donnée est donc au cœur des interrogations. Nous assistons à un changement de paradigme quant à son importance. Fut un temps où elle se voulait secrète, propre à l’entreprise, symbole de pouvoir. Aujourd’hui elle est partagée, ce qui modifie la vision du management qui a un pouvoir davantage partagé. A l’évidence cela pose la question des frais qui y sont liés, de la difficulté économique de mettre en place des partages de données efficients.

Rédigé par Hugo Sedouramane