En permettant aux entrepreneurs d'être incubés par l'European Space Agency, ces derniers pourront s'imprégner des technologies aérospatiales et en développer de nouvelles plus adaptées à un usage terrestre.

"La recherche spatiale doit également profiter aux start-ups"

Entretien avec Bruno Naulais, responsable des incubateurs de l’espace ESINET (European Space Incubators Network) de L’ESA(European Space Agency), qui rassemblent une trentaine de centres d’innovation en Europe. L'Atelier les a rencontré au congrès EBN (European BIC Network) à Toulon.

L’Atelier : Vous parlez de transfert de technologies, en quoi cela consiste-t-il ?

Bruno Naulais :Concrètement, les technologies développées dans le cadre de la recherche spatiale ont des applications a fortiori dédiées à l’espace. L’idée, c’est d’en faire profiter tous les secteurs d’activité, notamment parce que les propriétés de ces technologies sont spécifiques. Par exemple, des matériaux sont développés pour résister à de fortes vibrations et des températures extrêmes. Notre rôle est donc de pousser l’application de ces innovations dans d’autres domaines, de susciter des vocations et de montrer que l’investissement dans le spatial a des répercussions positives sur l’ensemble de l’économie. D’un point de vue politique et économique, l’Europe a tout à gagner à en faire profiter les entrepreneurs.

Quels sont donc les moyens mis en œuvre pour attirer les créateurs d’entreprises ?

En amont, un panel d’outil est mis en œuvre pour faire « la chasse aux entrepreneurs ». Il y a des outils passifs, comme le site web des Gallileo Masters qui est une compétition dédiée à la navigation par satellite. Nous avons également l’ESINET Roadshow, où nous nous déplacons dans des incubateurs et nous disposons également de courtiers en technologie, qui eux sont rassemblés dans un réseau nommé "technology transfer network". Une fois que les entrepreneurs sont repérés, nous les accompagnons dans une période d’incubation, où ils devront développer un business plan et un prototype, virtuel ou réel. Durant cette période, ils peuvent par exemple se voir allouer des fonds jusqu’à 100 000 euros. Ainsi, ils seront en mesure d’attirer des investisseurs grâce à une offre attractive. Mais nous avons aussi de notre côté un fond d’investissement spécifique baptisé « Open sky technology fund », qui dispose d’environ 25 millions  d’euros.

Quels en sont ensuite les applications concrètes ? Le fait qu’une technologie brevetée soit utilisée par une start-up ne pose-t-il pas de problèmes ?

Les technologies développées à but spatial le sont, sous contrat avec l’ESA. De ce fait, nous pouvons les utiliser comme nous le souhaitons dans les activités spatiales. Si une technologie change de domaine d’activité, on rentre alors dans un processus de transfert de propriété intellectuelle classique. En ce sens, les fonds obtenus par les entrepreneurs dans leur période d’incubation peuvent les aider à acquérir des brevets, par exemple. Les applications sont diverses. Par exemple, il existe des mesures satellitaires qui permettent d’évaluer des caractéristiques de l’eau sur terre (le taux de sel, la température etc.). Une start-up s’en est inspiré pour créer un système d’alerte d’inondation pour les autorités locales, en prenant des mesures sur les berges. Autre exemple, l'un des vainqueurs des Gallileo Masters a inventé un jeu de Formule 1 en ligne qui intègre les paramètres satellitaires de circuits en temps réel, où l’ont peut voir sur son écran les concurrents qui sont réellement sur le circuit.