Les différents outils existant permettent à l'utilisateur de gérer lui même sa condition physique ou morale. Si toutefois elle est ludique et apporte de véritables résultats. Ce qui pourrait sensibiliser des individus à de nouvelles problématiques.

"La technologie nous permet de nous saisir encore plus de notre santé"

Entretien avec Robert Picard, référent santé au Conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGEIET), sous l'autorité du Ministre chargé de l'Economie ainsi que des Ministres en charge de l'Industrie et des Communications électroniques, à l'occasion du salon HIT qui s'est tenu à Paris du 22 au 25 mai 2012.

L'Atelier : En quoi la technologie a changé notre rapport au bien-être ?

Robert Picard :Avant toute chose, je parlerais plutôt de bien vivre. Le bien-être s'inscrit dans une dimension individualiste, le bien vivre est plus collectif, il induit une participation. Concernant les nouveaux outils, le fait est que ce qui touche à la santé ne cesse d'être présent dans nos esprits. Et la technologie nous permet de nous saisir encore plus de notre santé, en nous permettant de suivre, sur un écran, l'évolution de notre poids ou de travailler notre condition physique. Il y a donc un aspect individualiste, puisque ces innovations permettent d'être maître de sa condition, sans s'en remettre à quelqu'un. Et cela fonctionne également sur smartphone, car c'est un objet très personnel, très intime que l'on garde sur soi. Il nous permet de rester en contact avec un proche pour savoir si ce que je fais est bien ou parce que j'ai besoin de soutien, sans question de moment ou de lieu. Il existe aujourd'hui une offre très large de ce type de produits.

Mais peut-on dire qu'ils sont déjà bien implantés dans les mœurs ?

C'est vrai qu'on ne peut pas encore parler de véritable succès, mais on remarque un vrai engouement pour ces solutions, même si la diffusion n'est pas encore très large. Pour que ce type de technologie fonctionne, il y a deux critères à respecter. D'abord, la désirabilité. Une application, par exemple, doit permettre à son utilisateur de se faire plaisir. Elle doit aussi rejoindre les préoccupations fondamentales de l'être humain comme bien manger. Pour cela, le développement d'une solution doit se faire sur la base de l'avis de tous les acteurs, ce qu'on appelle les Living Lab. A cette dimension qui accroche l'utilisateur et le fait entrer en relation avec la technique s'ajoute la production de résultat. Sinon, dans l'absolu, rien ne vaut une course à pied. Or, sur les consoles de jeu par exemple, les capteurs sont de plus en plus sophistiqués. Ce qui permet de dépenser de l'énergie, de suivre son poids, et d'observer des résultats par rapport à des objectifs. Bien sûr, après la question de la désidérabilité et du résultat, il y a celle de la sécurité. Pour les applications qui enregistrent des données personnelles, il faut avoir l'assurance qu'elles resteront privées, ce qui nécessite une totale transparence.

Ces technologies vont elles engager des changements de comportement ?

Oui, elles instaurent des bonnes pratiques, et sensibilisent. Prenons l'exemple d'une personne qui utilise une application de gestion de ses menus. Cette personne va trouver l'application ludique, puis elle va commencer à calculer ses calories, ce qui va déjà impacter sa condition. Et puis, on peut imaginer une solution permettant d'indiquer que l'on est diabétique, ce qui réglera les menus en fonction de cette donnée. D'une application gadget, on passe donc à une vraie solution d'accompagnement ou de thérapie. Ca aura un impact également sur le professionnel, qui se concentrera sur les diagnostiques et les problèmes plus complexes, renforçant son autorité par la valorisation de ses compétences.

Rédigé par Renato Martinelli