L'utilisation de la 3D pour le développement d'applications web et mobile devient de plus en plus fréquente. Néanmoins, ces créations doivent encore faire leurs preuves et surmonter des défauts techniques inhérents à leur nature.

A l'occasion du Laval virtual qui ouvre ses portes aujourd'hui, entretien avec Jean-Marc Le Roux, président et co-fondateur de la société Aerys. Egalement créateur de la technologie Minko, dédiée à la création d'applications 3D pour le web et le mobile, il animera demain une conférence sur les nouveaux défis et les nouveaux usages de la 3D pour le web et les mobiles.

L'Atelier : Quelles sont les dernières innovations 3D pour le web et le mobile ?

Jean-Marc Le Roux : De manière générale, les innovations informatiques ont toujours été rendues possibles grâce aux demandes du marché du jeu vidéo. En effet ce qui est maintenant possible pour la 3D médicale ne le serait pas sans la création de matériaux qui sont poussés en avant par le jeu. Il s'agit d'un secteur où tout entre en ligne de compte : la 3D, le son, les intelligences artificielles, la narration... Il s'agit du domaine qui pousse l'informatique. Les jeux vidéos créent de nouveaux usages, de nouvelles manières d'interagir ou encore de raconter une histoire. Ce sont ces choses là que l'on utilise dans les applications web et mobile, car c'est dans le jeu vidéo que les concepteurs effectuent des tests. Il existe maintenant un matériel d'accélération 3D pour concevoir des applications web, gérées entre autres par deux outils : le script WebGL qui utilise le HTML , et Flash 11. Pour le mobile, c'est surtout le matériel qui est innovant plus que les outils. Les processeurs ont beaucoup évolués et, par exemple, le prochain Samsung 4 possédera un processeur de huit cœurs, soit l'équivalent d'une machine de bureau haut de gamme.

La 3D a-t-elle un intérêt pour les publicitaires et la communication ? Et, si oui, quel est-il ?

Encore une fois, la 3D pour les publicitaires est redevable du jeu vidéo. Les différents types de contenus dérivent du secteur ludique vers la conception d'applications riches et interactives. Ce serait l'exemple de la ludification, les systèmes de badge. Certains acteurs comme Ubisoft valorisent d'ailleurs leur expertise dans ce domaine pour créer des applications. Avec Aerys nous avons un projet d'application pour tablette qui n'est pas un jeu vidéo mais un catalogue en trois dimensions et en temps réel. Si on veut montrer un produit, il faut s'attacher au rendu. Les techniques de rendu du jeu vidéo sont progressivement allées vers un ultra réalisme, une manière de créer des univers immersifs. La problématique principale pour la 3D est l'implication des utilisateurs. Il faut rapprocher la 3D de la vie de tous les jours, d'être visuellement attractif et intuitif. Un être humain qui n'a pas l'habitude de la 3D éprouvera de ce fait certaines difficultés et il faut concevoir des systèmes qui ne nécessitent pas de longs tutoriels. Les acteurs du marché du jeu vidéo s'y mettent progressivement, à la suite d'Ubisoft. C'est le cas d'Unity, une suite d'outils pour créer des applications 3D web et mobile. Le jeu vidéo est une porte d'entrée vers les applications 3D.

Quelles autres technologies sont susceptibles d'être développées ? Que peut-on faire de plus avec ce que l'on possède aujourd'hui ?

Les plus grosses problématiques viennent de la production des applications. En effet, les utilisateurs s'attendent à un rendu beaucoup plus détaillé. Les chaînes de productions sont plus lourdes, demandent plus de contenu. Le défi est donc de créer des outils pour concevoir ces applications. Nous avons une base technologique solide, mais l'utilisation de la 3D reste un frein. Il faut augmenter les compétences, avoir plus de documentation. L'avancée des périphériques suit son cours exponentiel, la puissance des processeurs double chaque année, mais la question majeure est la suivante : aura-t-on les outils pour utiliser intelligemment cette puissance ? Dans notre cas, nous utilisons une technique de compression et de simplification. Le poids d'une application a une incidence directe sur l'audience car, si le temps de chargement dure plus d'une seconde, le consommateur va se lasser rapidement. Un mobile reste moins puissant qu'un ordinateur de bureau, et reproduire un contenu lisible sur plusieurs types d'appareils est un défi majeur. La simplification est une solution : en abaissant la résolution d'une géométrie 3D, elle est rendue utilisable sur un mobile, car une haute résolution n'y apporte que peu d'intérêt. De ce fait, à partir des mêmes objets, on peut obtenir des objets tridimensionnels que l'on peut faire fonctionner à la fois sur le web et sur le mobile.

Rédigé par Guillaume Parodi
Rédacteur