Faire émerger des idées en interne ou auprès de professionnels extérieurs est un concept à exploiter par les sociétés. Mais cela seulement si cette dernière a déjà les compétences nécessaires pour les mettre en oeuvre concrètement.

Klaus-Peter Speidel est co-fondateur d'Hypios, qui propose aux entreprises de faire appel à des individus (experts ou non) sur une plate-forme en ligne pour résoudre leurs problèmes de recherche & développement.
L'Atelier : Est-ce que le crowdsourcing peut être utile aux entreprises qui cherchent à innover ?
Klaus-Peter Speidel : Oui. Notamment parce qu'il valorise le collaboratif, perçu par Jeff Howe, créateur de la notion, comme l'élément le plus essentiel du crowdsourcing. C'est ce que l'on retrouve avec Wikipédia, où chaque contribution participe au résultat final. Le nombre faisant d'une certaine manière la qualité de l'article. Mais le crowdsourcing, pour les entreprises, c'est aussi et surtout être en mesure de récupérer les bonnes idées. Il ne s'agit pas de réinventer la roue, mais de faire émerger des solutions pour des problèmes bien précis en mêlant des univers différents, parfois au sein-même de l'entreprise. En particulier lorsqu'il s'agit de grands comptes, avec des structures implantées dans différentes zones géographiques. L'innovation est un terme à relativiser : ce n'est pas tant de créer ex nihilo un concept révolutionnaire, que d'appliquer à un domaine précis une solution qui se limitait jusque là à un autre domaine. Et l'intérêt du transfert de solutions d'un secteur à un autre, c'est que ces solutions ont la plupart du temps déjà fait leurs preuves dans ce précédent domaine.
Y a-t-il des pré-requis pour que cela fonctionne, pour qu'une entreprise s'approprie une solution avec succès ?
Effectivement. Le crowdsourcing est un moyen pour les entreprises - en particulier pour les PME - d'avoir accès à un potentiel global, en utilisant notamment Internet. La seule difficulté, c'est que ces petites et moyennes entreprises doivent avoir les ressources internes suffisantes pour évaluer la qualité des solutions qu'elles trouvent sur la Toile. Et pour les mettre en place concrètement, d'autre part. Ainsi, le crowdsourcing ne correspond en un sens qu'aux entreprises déjà innovantes. Non pas celles ayant déjà toutes les idées à leur portée, mais celles possédant l'ensemble des compétences techniques pour les réaliser une fois qu'elles ont émergé. Certaines entreprises externalisent aussi la réalisation, mais en l'occurrence on s'éloigne du crowdsourcing. L'idée, c'est surtout de faire émerger l'idée pour ensuite la mettre en œuvre. En faisant appel à différents publics, appartenant idéalement à différents domaines. Grâce à un tissu de liens entre les services, ou en organisant des compétitions en interne.
La compétition est-elle essentielle au crowdsourcing ?
C'est une question délicate. On oppose souvent la collaboration et la compétition. Dans certains cas, le collaboratif prévaut indéniablement. Mais certains phénomènes, comme l'alignement des différents protagonistes derrière une idée principale, posent problème. En ce sens, la compétition est peut-être plus efficace, puisqu'elle assure une certaine indépendance des idées. Chaque individu travaille de son côté à résoudre tel ou tel problème, à y apporter une solution. L'entreprise fait remonter ces idées, les compare, les analyse, et met en œuvre celles qui s'avèrent les plus pertinentes.