Le cluster en innovation Soliage s'apprête à lancer la Silver Valley, un pôle dédié à l'économie du vieillissement. Retour sur les enjeux de fédérer une telle industrie.

"Le marché de l’autonomie est encore un nanomarché, que l'on peut dynamiser !"

L'annonce de la Silver Valley a été faite à l'occasion du lancement officiel de la Silver Economy, dont le but sera de créer une filière industrielle dense et dynamique autour des services aux seniors. Entretien avec Guillaume Lebreton responsable projets et communication chez Soliage qui a accepté de répondre à nos questions.

L'Atelier : A quoi ressemblera ce pôle prévu pour 2014, et dont le but est de stimuler l'économie liée aux services pour les seniors ?

Guillaume Lebreton : S'appuyant sur le modèle de la Sillicon Valley aux États-Unis, la Silver Valley sera centrée autour d'un lieu physique, la Plateforme Charles Foix, à Ivry, qui, sur 5000 m², rassemblera les startups innovantes, des laboratoires mutualisés, Soliage, des espaces de réunions, de conférences, de démonstration... Ce lieu d'interactions entre les entreprises qui s'y implantent permettra au marché des technologies destinées aux seniors de mieux répondre aux demandes des personnes âgées.

On voit un grand nombre de technologies et de services dédiés se développer mais beaucoup ont du mal à émerger. Pourquoi ?

Il y a deux raisons principales à cela. Beaucoup de solutions sont technologiques, parfois trop. Si vous donnez un smartphone à quelqu'un de 70 ans qui n'en a jamais utilisé, il est normal qu'il ne sache pas quoi en faire. Il faut savoir adapter les technologies aux gens qui les utilisent. Ensuite, il faut sensibiliser les seniors qui ont une connaissance trop faible des technologies qui leur sont destinées. Les chaises accrochées aux escaliers qui permettent de les aider à monter, ils connaissent. Mais quand on parle de kinect qui permet d'être soigné à distance, moins de personnes connaissent et ont envie d'essayer. Mais avant tout, il faut sensibiliser les aidants car ce sont eux qui achètent et qui imposent aux personnes âgées ces nouvelles technologies.

Comment la Silver Valley compte s'y prendre pour dynamiser cet écosystème ?

La Silver Valley a justement été créée dans ce but là, dans le but de dynamiser ce secteur. Nous comptons rassembler tous les acteurs de ce marché pour les faire travailler ensemble. Notre but est de fédérer tous les acteurs de la filière autour de deux grands axes que sont l'économie et le social. De plus, on ne pense pas assez au transfert de technologies. Certaines technologies qui existent déjà n'ont parfois besoin que de petites modifications pour s'adresser aux personnes âgées. Par exemple, la société Xamance a mis au point un scanner destiné aux personnes âgées qui perdent souvent leurs factures ou leurs ordonnances. Grâce à ce scanner qui ne nécessite qu'une connexion web, la famille, l'aide soignante ou le senior lui-même pourront scanner des documents importants, les classer et y avoir accès immédiatement. Ce type d'innovation intéresse beaucoup les assurances et les mutuelles.

Quel impact peut avoir ce secteur sur l'économie ?

Le marché de l’autonomie est à l’heure actuelle un nanomarché. Pourtant des solutions de plus en plus nombreuses sont prêtes pour répondre à des besoins croissants. La filière de la Silver Economy représente un potentiel de croissance de 0,25% au niveau national, ce qui dans le contexte économique actuel montre que nous avons bien là un levier de croissance et de développement économique fort. Selon le crédoc, en 2015, 54% des dépenses de consommation seront faites par les seniors. Autant dire que se pencher au plus vite sur le sujet est crucial pour tout acteur économique afin de répondre à la demande. La France a, à l’heure actuelle, une certaine avance sur le sujet du point de vue technologique. Laboratoires, centres de recherche comme industriels misent sur la R&D (ce qui ne peut pas, en ce moment, être fait dans tous les secteurs). Notre objectif est donc de proposer au plus vite les solutions répondant aux besoins actuels, et à venir, de la population. Car il s’agit de ne pas perdre cette avance, en encourageant la création, en soutenant les projets pertinents, en activant les leviers qui permettront à l'usager final de s'approprier ces solutions.

Rédigé par Kathleen Comte
Journaliste