Les particularités du pays ? Une population très diverse, et installée pour une durée déterminée. Autant de critères qui impactent les services proposés. Entretien avec Jennifer Howe, directrice technique de Vodafone Qatar.

L'Atelier : L'explosion économique du Qatar est relativement récente. Il n'y a longtemps eu qu'un seul opérateur, QTel. Et Vodafone depuis deux ans. Quelle spécificité du secteur a suscité votre intérêt ?

Jennifer Howe : Ce qu'il faut savoir, c'est que le Qatar est un pays extrêmement multiculturel, dans lequel il y a une quarantaine de nationalités. La plupart des individus sont ici pour une durée déterminée. C'est d'ailleurs cet aspect transitoire qui est intéressant : il donne la possibilité d'acquérir en permanence de nouveaux consommateurs. L'autre chose, c'est que la population est en permanence en train d'augmenter. Selon les prédictions, il devrait y avoir environ 3 millions de personnes à la veille de la Coupe du monde de 2022.

Bien sûr, mais cette succession de flux de population sous-entend aussi une clientèle volatile ?

C'est vrai. Dans le pays, on peut dire que ce sont les communautés qui sont fidèles, avant les individus. Il est du coup nécessaire de calibrer nos offres en fonction de ces cibles.

Il est d'ailleurs possible de découper la population en segments très distincts.

Oui, et les demandes en termes de services mobiles sont très différentes. A l'opérateur de s'adapter. Les travailleurs venus pour une période déterminée ne dépensent pas beaucoup. Et leur but principal est d'envoyer le plus d'argent possible chez eux. Ici, le rôle du fournisseur est de les rapprocher de leur famille. En ce qui concerne les Qatari, les expatriés plus aisés et les entreprises, le but n'est évidemment pas le même. Finalement, il s'agit plus ou moins au Qatar d'un mélange entre marché émergent et marché mature.  

Reste que pour le moment, c'est le premier segment mentionné que vous avez le plus attiré. Pour les autres, les offres sont très récentes ou encore inexistantes.

Certes, mais en tant que relativement nouvel opérateur, nous devons encore nous focaliser sur les basiques : la voix, les SMS, le haut-débit et enfin le web mobile. La plupart des acteurs concernés complexifient leur offre après plusieurs années. Nous essayons de faire les deux : améliorer la qualité de nos acquis et nous centrer sur les services. Il est vrai que les consommateurs ont des attentes. Ils ont été patients, mais veulent désormais des services. Mais ils reconnaissent les bienfaits de la concurrence. QTel avant était seul sur le marché. L'arrivée de Vodafone a fait que désormais les consommateurs veulent avoir le choix. La qualité de service et les offres idoines feront ensuite venir les grands comptes.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media