Alors que l'économie s'est recentrée sur le consommateur, les entreprises doivent adapter rapidement leurs méthodes et outils de travail pour engager leurs collaborateurs différemment.

"Le salarié est avant tout un utilisateur"

Interview avec Yann Kandelman, Audience Partnerships Director chez Orange, à l’occasion du i7 Summit 2011, qui se tenait jusqu'à aujourd'hui à Chantilly.

L'Atelier : Comment les compagnies peuvent-elles innover dans les moyens qu’elles offrent à leurs employés pour travailler ?

Yann Kandelman : Aujourd’hui, les entreprises ont un temps de retard. Il faut qu’elles se rendent compte que le modèle économique a changé, que le consommateur est à présent actif, au centre du système. La nécessité pour nous, c’est de réussir à amener les tendances technologiques grand public dans le monde du travail afin d’améliorer la productivité des employés. Il y a quelques années, la majorité des sociétés bloquaient les réseaux sociaux ou encore les logiciels de messagerie instantanée parce qu’elles les pensaient nuisibles. Maintenant, toutes les compagnies ont développé des services équivalents en interne. Parce qu’un salarié est avant tout un utilisateur, voire un client comme les autres. Il a l’habitude de manipuler certains outils au quotidien comme les smartphones, nous devons en profiter et créer des applications qui tirent partie de ces aptitudes pour engager l’employé différemment.

Pourtant, alors qu’elles sont souvent conscientes de l’intérêt de telles solutions, peu de sociétés décident de sauter le pas, même si la tendance s’inverse petit à petit.

Une certaine frilosité est présente, effectivement. Beaucoup d’entreprises sont réticentes à accepter d’introduire des acteurs et des solutions innovantes dans leurs méthodes de travail classiques. Elles ont peur du risque, peur de devoir tester, peur de menacer des business models internes déjà existants. Mais il est désormais impensable de ne pas faire évoluer nos outils alors que les cycles marketing et la durée de vie des produits sont de plus en plus courts et que la compétition n’a jamais été aussi forte. Les sociétés doivent s’ouvrir vers l’extérieur, d’une part vers le consommateur et d’autre part vers des partenaires professionnels innovants, capables d’apporter quelque chose. Il faut veiller à créer une bonne synergie parce que les entreprises qui resteront repliées sur elles-mêmes sont condamnées à disparaître.

Sur quel secteur interne les entreprises doivent-elles se concentrer tout particulièrement pour espérer tirer leur épingle du jeu à l’avenir ?

A mon sens, le plus grand défi de ces prochaines années dans le monde du travail, c’est l’accès et surtout le filtrage de l’information. Nous allons être confrontés à une génération plus connectée et plus indépendante, adepte du télétravail par exemple. Chaque salarié d’une entreprise, quelque soit l’endroit dans le monde où il se trouve, devra être au même niveau d’information qu’un employé assis derrière son bureau. Mais il faudra trouver des moyens, si possible automatisés comme les listes curatives, de faire le tri car les grandes sociétés produisent quotidiennement un nombre phénoménal de données. Ici aussi, on espère un changement d’équilibre : c'est au salarié de devenir pro-actif et de déterminer lui-même quelles informations il accepte de recevoir pour éviter d'être noyé sous la masse.

Rédigé par Mathieu Paumard