Pour une entreprise, faire du social business ne signifie pas signer un chèque. Une entreprise peut aider des entrepreneurs sociaux qui, tout comme elle, ont la culture du résultat.

"Les entrepreneurs sociaux ont une notion de performance"

Entretien avec Erika Cogne, Corporate Citizenship Manager pour la France et le Benelux chez Accenture.

L'Atelier : Quand une entreprise collabore avec un entrepreneur social, choisit-elle systématiquement un secteur proche de son activité ou de ses valeurs ?

Erika Cogne : Non, pas forcément. Nous travaillons parfois avec d'autres entreprises dont le cœur de métier n'est pas l'activité principale de l'entrepreneur social avec lequel elles collaborent. Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui les entrepreneurs sociaux ont une notion de performance. Ils ont des objectifs, calculent leur impact social. Ils ont une approche analytique et un désir de résultat. Les associations ou les entrepreneurs peuvent donc avoir besoin de conseils juridiques, logistiques ou autres. Nous avons travaillé avec une association  de distribution de médicaments en Afrique. Cette dernière a collaboré avec Coca Cola pour optimiser sa distribution en utilisant la logistique de Coca Cola.

Comment qualifieriez-vous les relations de travail qui s'instaurent ?

Je dirais qu'il s'agit d'une discussion commune. L'entrepreneur social, s'il veut développer son activité, ne peut pas le faire avec les mêmes ressources ni les mêmes processus. Il a besoin de financement ou de la compétence d'entreprise : Accenture les aide à se professionnaliser, Coca Cola, pour reprendre l'exemple précédent, à distribuer leurs produits. L'entreprise, pour faire du social business, doit s'appuyer sur ces entrepreneurs. Ce genre de partenariat fonctionne quand l'entrepreneur crée la convergence avec la ou les entreprises et quand l'entreprise travaille depuis longtemps sur ces sujets, quand ça n'est pas un effet de marque, de court terme. Les différents acteurs sont donc à même de collaborer.

On sort donc, côté entreprise, de la collaboration à des fins de communication sur ses valeurs ?

La communication fait certes partie des bénéfices, mais d'une manière plus large. Bien sûr, ces projets renvoient une image positive auprès de nos clients. D'ailleurs, lorsque l'on propose des actions avec des clients ou des nouvelles entreprises, cela permet à la direction d'une entreprise de les accepter plus facilement. Cela attire aussi des talents: certains candidats postulent chez Accenture parce qu'ils connaissent notre engagement dans le social business.

Mais il y a aussi la volonté de collaborer pour avoir un impact sociétal ensemble. Ensuite, il y a un intérêt pour l'innovation car une entreprise qui se met dans le social business développe des nouveaux produits et accède à des nouveaux marchés, le "bottom of pyramide", c'est-à-dire une large part de la population qui est défavorisée. Et puis, cet engagement mobilise l'interne et lui fait acquérir de nouvelles compétences en travaillant dans de nouveaux environnements. C'est donc clairement corrélé à la performance et au business. 

Rédigé par Renato Martinelli