Même si elles sont loin d'être exemplaires, les sociétés françaises se montrent plutôt réceptives aux systèmes éco-responsables. Reste à savoir s'il faut imposer ces normes pour les voir appliquées, ou si l'incitation peut suffire.

Récemment, l'Afnor publiait un Livre blanc revenant sur les leviers de mise en place de systèmes d'information éco-responsables dans les entreprises. Selon le groupe, de nombreuses actions existent pour inciter les compagnies à déployer ce type de solutions. Retour sur l'efficacité de ces préconisations avec Frédéric Bordage responsable de GreenIT.fr et co-auteur du livre Systèmes d'information et développement durable - Green IT.

L’Atelier : La France est-elle un bon élève en matière d’éco-responsabilité ?

Frédéric Bordage : Comme vous pouvez le remarquer, beaucoup d’acteurs industriels ont participé à l’élaboration de ce Livre. Nous comptons en France de nombreux spécialistes qualifiés, qui ont participé à plusieurs débats, notamment sur l’empreinte énergétique de certains secteurs. Ces experts sont reconnus au niveau national, continental mais aussi mondial. Ils apportent dès lors une réelle crédibilité et une force légitime aux indicateurs de performances et de qualité que nous avons utilisés ; et ces indicateurs tendent à devenir des éco-labels. En devenant des éco-labels, ils sont d’autant plus suivis et appliqués par les entreprises.

Comment transformer ces recommandations en normes pour les entreprises ?

Je crois que ce genre de publications n’a pas pour ambition d’imposer quoi que ce soit. Cependant, je dois dire que la majorité des entreprises avec lesquelles nous sommes en rapport accueille plutôt d’un bon œil ce genre de travail. Puisque les indicateurs utilisés sont très pertinents, ils permettent aux sociétés, dans de nombreux secteurs d’activités, de mesurer leurs performances en matière de développement durable et d’empreintes énergétiques ; ce qui ne leur est pas possible autrement. Se mesurer, cela veut dire, dans des termes plus mercantiles, se comparer par rapport à la concurrence. Si pour l’instant les obligations réglementaires et législatives ne sont pas très présentes,  les entreprises se forcent d’elles-mêmes à prendre en considération ce genre de travail.

Justement, la publication de ce recueil de propositions peut-elle permettre une meilleure appréhension de l’éco-responsabilité par la classe politique ?

Il y a peu d’engagement législatif. Cependant, l’Etat oblige toutes ses institutions à se montrer exemplaires sur les questions de développement durable, comme sa circulaire du 3 décembre 2008.  C’est un sujet qui finalement, n’est pas une préoccupation majeure pour le gouvernement ou toute autre formation politique ; pour la simple et bonne raison qu’il y a une méconnaissance de cette matière qui ne permet pas un travail d’élaboration des lois très construit ou très développé. Il y a souvent des grenelles, ou ce type d’évènements, qui permettent parfois certaines réflexions, mais qui ne débouchent pas sur des mesures concrètes. Je dirais également que c’est un sujet contraignant, voire embarrassant, notamment pour le lobbying industriel, très puissant en France. Le mot   n’est pas forcément le bienvenu dès lors, dans les enceintes des hémicycles.