Le pôle de compétitivité est basé sur le groupement de compétences - PME, centre de recherche… - pour mener un projet. Une démarche proche de l'innovation ouverte, et qui gagnerait à en adopter plus complètement les codes.

Entretien avec Olivier Cotinat, PDG de The Montecito Group. Il animait la semaine dernière une conférence sur l'innovation ouverte et le Design Thinking, à l'occasion des cinq ans du pôle TES à Caen.

L'Atelier : Vous êtes revenu pendant la conférence sur le concept d'innovation ouverte, en appelant les entreprises à ne pas l'ignorer. Le principe du pôle de compétitivité n'est-il pas basé sur cette forme de collaboration ?

Olivier Cotinat : Les pôles de compétitivité sont basés sur une collaboration accrue, le plus souvent sous forme de projets, des activités de R&D entre entreprises, PME et centres de recherche. L'innovation ouverte est donc un mode d'innovation qui est utilisé de facto. Cependant, nous constatons parfois la juxtaposition de compétences complémentaires plutôt qu'un travail vraiment commun sur une problématique donnée. L'innovation ouverte n'est ainsi, selon moi, que partielle. On gagnerait souvent à imaginer des collaborations plus radicales. Nous pourrions ainsi obtenir des innovations plus disruptives et pertinentes.

Peut-on aller jusqu'à dire, quand même, que les pôles sont en quelque sorte précurseurs en matière de collaboration interdisciplinaire ?

Si l'on prend l'exemple du pôle TES, on peut rappeler que celui-ci compte parmi ses membres des chercheurs en Sciences Humaines de l'université de Caen, c'est une richesse évidente ! Les transactions électroniques sécurisées, ce ne sont pas que des technologies, ce sont des usages. Comment imaginer les usages sans comprendre les gens, l'inconscient, leurs attentes, décrypter les tendances sociétales ?

Mais les pôles doivent être encore plus précurseurs à mon sens. En France, nous mettons encore trop peu en avant l'interdisciplinarité et cela commence dès l'enseignement où nos formations restent hélas trop cloisonnées. A l'heure actuelle, il résulte de tout cela des incompréhensions mutuelles. Il est plus difficile de travailler avec des gens différents, que ce soit de part leur formation initiale, leur culture, leurs expériences. Cela engendre des divergences de points de vue, des frottements. Mais tout cela est une source d'énergie incroyable qui, si elle est canalisée et utilisée, peut donner des résultats extraordinaires. C'est une vraie richesse inexploitée.

Dans cette optique d'innovation ouverte, à quand l'introduction des particuliers dans les pôles pour participer à la mise en place de nouveaux usages ?

La co-conception avec l'utilisateur se fait au pôle TES avec le Normandy Living Lab. Il faut naturellement accentuer cette dynamique. La participation à des phases de tests ne veut pas dire que l'utilisateur final n'est pas associé à la mise en place de nouveaux usages. Tout dépend à quel moment ces tests vont intervenir. Ce qui est sûr c'est que si on intègre très tôt l'utilisateur final dans le processus d'innovation, c'est le meilleur moyen d'arriver à des usages (qui engendreront des produits ou services) qui répondront vraiment à ses besoins. Mais si on apprend beaucoup en écoutant ses clients, il faut savoir prendre du recul par rapport à ce qu'ils peuvent exprimer. Cela en faisant tester dans des conditions réelles pour en tirer des conclusions les plus pertinentes.