Dans le pays, il n'est pas rare d'opérer un changement rapide et important. Comme par exemple passer d'une vie sans téléphone au dernier mobile. Entretien croisé avec les représentants d'Ubifrance en Pologne.

"Les Polonais, friands de technologie, sont loin d'être réticents au changement"

A l'occasion des Rencontres Internationales du Numérique, qui se tenaient les 24 et 25 octobre à Paris, organisées par Ubifrance, L'Atelier a rencontré Magdalena Michniewska, conseillère export, et Lukasz Wroblewski, chargé de développement, au pôle Nouvelles Technologies, Innovation, Services.

L'Atelier : Quels sont les secteurs les plus dynamiques en Pologne, dans le monde high tech ?

Magdalena Michniewska : Il y a beaucoup d'usines de produits électroniques. Le pays est ainsi le premier exportateur d'écrans en Europe, avec Sharp, LG... Il y a également un grand nombre de centres de R&D pour ces mêmes produits.
Les services de cloud sont aussi en train de se développer à grande vitesse. Moins sur l'offre que sur la demande. En effet, les Polonais sont plus demandeurs que producteurs, pour le moment. Pour les distributeurs et les intégrateurs, le potentiel est du coup très important.
Pour le reste, beaucoup de secteurs se développent comme, dans l'audiovisuel, la VoD. Il y a une grosse demande, et les solutions commencent à se développer, avec deux ou trois ans de retard sur la France.

Lukasz Wroblewski : En fait, les Polonais sont très friands de technologies, et pas du tout réticents au changement. Cela peut s'expliquer par le fait que depuis la chute du Mur, ils ont été habitués à voir beaucoup de choses changer régulièrement, et de manière brusque. Du coup, ils reproduisent cela dans leurs comportements. Souvent, ils attendent pendant longtemps dans une situation donnée, puis opèrent un changement important et rapide. C'est le cas avec la TNT : ils sont beaucoup à attendre l'extinction de l'analogique au profit du numérique (prévue fin juillet 2013), pour passer d'un TV cathodique à un écran plat Tuner.

Et concernant le téléphone, avez vous observé les mêmes comportements ?

Lukasz Wroblewski : Tout à fait. Un nombre non négligeable de personnes sont passées d'une vie sans téléphone au mobile. Pour les chiffres, la Pologne compte 38,2 millions d'habitants. Il y a 8 millions d'abonnés fixes et dans les 48 millions d'abonnés mobiles. Soit un taux de pénétration de 123%.
Beaucoup d'individus ont fait ce choix pour l'accès à Internet. Les smartphones représentent ainsi désormais la moitié des ventes.

De quels usages les Polonais sont-ils friands ?

Lukasz Wroblewski : Ils utilisent leur téléphone pour accéder à leurs mails, aux actualités, et pour communiquer (voix et réseaux sociaux). Les services financiers sont aussi très populaires. La société polonaise est très bancarisée. Chaque banque a une application (de consultation, de virement...). Les Polonais règlent en effet beaucoup par virement. En France, on paie facilement par carte bancaire. Du coup le virement n'est pas instantané. En Pologne c'est le contraire. On ne règle rien par prélèvement mais par virement. Sur Internet, tout se fait par virement via sa banque, ou des systèmes comme Paypal. Quand vous arrivez à la page paiement sur un site, vous devez en effet cliquer sue l'icône de votre banque, effectuer le virement sur sa page, puis revenir sur le site de commerce.

Et du coup, sur mobile, est-ce qu'on paie aussi facilement que sur le web par virement ?

Magdalena Michniewska : Non, pas vraiment, pas encore. On peut payer le parking, ou acheter des tickets de transport. Après, il est possible de faire des achats depuis un site mobile. Cela commence, mais n'est pas encore très répandu. Pour accélérer cet usage, certains acteurs comme CitiBank proposent des applications (CitiBank Handlowy) qui permettent de payer les factures en scannant un QR code, ou de faire des virements d'un simple clic.

J'imagine que les réseaux sociaux ont également la cote sur mobile...

Lukasz Wroblewski : Bien sûr, sur mobile comme sur le web traditionnel. Comme partout. Ce qui est intéressant, c'est que si en France Facebook a pris le leadership, en Pologne, il y a un acteur local qui se trouve au coude à coude, Nasza Klasa. En fait, il y a toujours une entreprise nationale qui concurrence les internationales, et qui même parfois gagne. eBay, par exemple, est loin derrière Allegro.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media