Quels sont les enjeux des réseaux sociaux éphémères ? Pourquoi tant d’engouement ? L’instantanéité ne serait pas l’unique réponse.

“Les réseaux sociaux éphémères découlent de l’envie de ne pas avoir de stock.”

Pourquoi les réseaux sociaux éphémères sont-ils si populaires ? Quelques éléments de réponse avec Laurence Allard, sociologue, maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lille 3 et Ofer Attali, DG de Pops’IT, pendant un entretien croisé réalisé dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique.

L’Atelier : Laurence Allard, vous avez observé cette envie d’éphémère, de ne pas laisser de traces ?

Laurence Allard : Plus que ne pas laisser de traces, l’attrait pour ces réseaux sociaux éphémères découle de l’envie de ne pas avoir de stock. On voit bien que ces applications type Snapchat qui justement permettent de ne pas stocker des images dans les téléphones, tendent à se substituer aux MMS/SMS. On a constaté, par exemple, en Grande Bretagne, que pour la première fois depuis 30 ans, le nombre de SMS/MMS ont baissé par rapport aux applications OTT (Over-the-top), les Snapchat, What’s App...

Pourquoi ?

C’est aussi qu’on ne veut pas stocker parce qu’on communique de plus en plus par l’intermédiaire d’images ou d’images commentées, ce qui engendre une masse d’images ordinairement stockées dans des albums photos. Communiquer par image via ces applications éphémères permet de ne pas avoir d’archives.

N’est-ce pas aussi dans l’idée de stocker que ce qui nous est véritablement utile ?

Oui. Ce qui nous est utile, ce qui nous est cher. Certes, on communique de plus en plus par le biais d’images, avec son réseau, ses contacts. Se développe un usage quelque peu introspectif du mobile. A savoir qu’avec la photo mobile, on pense synchroniser à la fois émotions et l’expression. L’éphémère, ici, est dans l’instantanéité, la synchronisation entre ses pensées et ses capacités à les exprimer à travers différents moyens, par exemple, la photographie.

Ofer Attali, vous qui avez développé un réseau social éphémère à destination des entreprises, S’bubble, est-ce une tendance que vous confirmez ?

Ofer Attali : Oui, tout à fait. Je crois qu’il faut aussi mettre ça en regard des problématiques de Big Data et d’analyse de données. Elles posent des problèmes en  matière de ROI autour de ces données connectées. Aujourd’hui, du moins dans le monde de l’entreprise, un des grands enjeux est le traitement de l’information avec des volumétries importantes. Plus on donne accès à des systèmes à données pérennes, plus on va devoir les rentabiliser et les traiter. Ce qui engendre d’autant plus de soucis que l’entreprise a des difficultés à analyser tout ça. Donc oui, il me semble qu’entrer dans des schémas où on laisse de moins en moins de traces simplifierait la problématique de l’entreprise en matière d’analyse de l’information.