L'apparition du phénomène Big Data a poussé les entreprises à mettre en place des systèmes de gestion plus globaux. Une mise ne place qui n'est paradoxalement pas facilitée par l'arrivée des digital natives.

"Les systèmes d'information servent plus à mettre en relation qu'à stocker des données"

Interview avec Aurélie Dudézert, auteur du livre "Knowledge Management 2.0"

L'Atelier :  Dans votre titre, vous accolez le terme 2.0 à Knowledge Management. En quoi celui-ci diffère-t-il avec le Knowledge Managementclassique?

Aurélie Dudézert : Disons qu'auparavant le Knowledge Management était beaucoup plus local. C’est-à-dire que la gestion et la transmission de l'information en entreprise se faisait au sein des services eux-mêmes via des systèmes d'information qui hébergeaient cette dernière. Par exemple la connaissance relative à un travail précis était stockée puis transmise à tout nouvel arrivant. Or, depuis les années 2005-2007, les entreprises considèrent l'information de manière plus globale, partant du principe que tous les services sont sources de valeur ajoutée. La gestion de l'information se fait donc via de nouveaux outils, comme par exemple les réseaux sociaux internes. Au final, les modèles organisationnels ont évolué, et les systèmes d'information servent désormais plus à mettre en relation les gens qu'ils ne stockent l'information. Le Knowledge Management est devenu 2.0 du fait de l'ensemble de ces nouvelles pratiques.

Sont-ce l'arrivée de ces nouvelles technologies et l'apparition des digital natives qui ont permis cette évolution? Ou, au contraire, celle-ci a-t-elle précédée ces derniers?

Sans doute cette évolution n'aurait-elle pas pu prendre cette ampleur sans l'arrivée des Digital Natives et l'apparition des nouveaux outils sociaux. Néanmoins, le phénomène Big Data, qui a engendré le besoin de modification du modèle de gestion, est antérieur à ces nouveaux arrivants. De fait, le besoin de structuration est indépendant de tout phénomène extérieur. Il provient d'un manque initial d'anticipation de la part des entreprises, qui n'avaient pas prévu cet accroissement du flux données disponibles. A mon sens, il semble donc qu'il s'agit plutôt d'une heureuse coïncidence. Les outils et les personnes sont arrivés au bon moment pour permettre une évolution efficace des pratiques

Cette combinaison de facteurs rend-t-elle les entreprises plus rapides à mettre en place ces nouveaux outils?

Eh bien, paradoxalement, pas forcément. En fait, ces nouvelles méthodes de management de l'information sont guidées par une logique très simple. A savoir la création de valeur pour l'entreprise, et
uniquement pour cette dernière. Or, les Digital Natives sont pour la plupart habitués à utiliser ces outils dans un but personnel. Par conséquent, une fois en entreprise, ils ne l'exploitent pas correctement, ou du moins pas dans l'optique d'apporter un plus à l'entreprise elle-même. Au final, il se révèle encore plus dur d'appliquer ce Knowledge Management 2.0 aux Digital Natives qu'aux employés plus expérimentés. Il faut en effet et au préalable désapprendre des pratiques ancrées le plus souvent depuis une dizaine d'année pour ensuite inculquer la pratique d'entreprise. Et c'est là que résidele réel défi du Knowledge Management 2.0.
 

Rédigé par Johnatan Farouz